Le buste de la République

Le buste de la République

Voir également l’article sur la place de la République : clic ici

Par M. Jean-Paul ROLLAND

Depuis quelques semaines la municipalité de Guingamp dévoile ses nouveaux projets d’embellissement de la sa ville dont celui du réaménagement de la place de la République, derrière le Tribunal. La population avait été conviée, fin septembre, à la mairie, pour prendre connaissance du projet et formuler ses réserves. La question du buste de la République avait été soulevée afin que celle-ci puisse retrouver sa place à cet endroit.

Mais où donc était cette statue ? Réponse.

Description

Localisation à l’origine : Guingamp, sur le Vally (Côtes-d’Armor)

Historique

La statue de la République occupant le centre de la place avait été installée à l’entrée de la place du Vally.

Pour honorer la municipalité d’avoir construit un hôpital digne de ce nom, l’État lui offrit un buste de la République en bronze, posé sur une stèle ornée d’une palme d’olivier. Sur le socle, une plaque gravée mentionnait « Le Gouvernement de la République à la Ville de Guingamp 1906 ».

Son inauguration eut lieu le même jour que celle de l’hôpital, le 24 octobre 1909, sous la présidence de M. Ruau, ministre de l’Agriculture.

Après la guerre, Guingamp comme chaque commune de France décida d’ériger un Monument aux Morts. L’emplacement choisi fut celui qu’occupait la statue de la République au Vally.

En 1924, elle fut donc transférée (provisoirement) sur la place à laquelle elle donna son nom (place de la République).

Sous l’Occupation, le buste et la palme de bronze disparurent (1942 : la statue de 57 kg est enlevée pour la récupération des métaux non-ferreux). Une Marianne en plâtre fut fixée au sommet de la stèle mais se dégrada peu à peu.

Lors des travaux d’aménagement de la place en 1983, le monument fut démonté. Un temps entreposé à la Remonte, ses éléments existent peut-être encore quelque part.

Le sort des statues en bronze en 1941…

11 octobre 1941 : Vichy décrète l’enlèvement des statues en bronze

11 octobre 1941 : Vichy décrète l’enlèvement des statues

Loi du 11 octobre 1941 relative à l’enlèvement des statues et monuments métalliques en vue de la refonte

Nous, Maréchal de France, Chef de l’Etat Français, le conseil des ministres entendu, décrétons :

Article 1er. Il sera procédé à l’enlèvement des statues et monuments en alliage cuivreux sis dans les lieux publics et dans les lieux administratifs, qui ne présentent pas un intérêt artistique ou historique.

Article 2. Une commission sera créée dans chaque département pour déterminer les statues et monuments qui devront être conservés, en raison de leur caractère artistique ou historique. Des arrêtés pris par le Secrétaire d’État à l’Éducation Nationale et à la Jeunesse fixeront la composition de ces commissions.

Article 3. Les objets métalliques enlevés seront mis à la disposition du Secrétaire d’État à la Production Industrielle dans les conditions qu’il fixera en accord avec le Secrétaire d’État à l’Économie Nationale et aux Finances, afin de remettre les métaux constituants dans le circuit de la production industrielle ou agricole.

Article 4. Le présent décret sera publié au Journal Officiel et exécuté comme loi de l’État.

Fait à Vichy, le 11 octobre 1941 par Philippe PETAIN, Maréchal de France, Chef de l’Etat Français.
Le Ministre, Secrétaire d’État à l’Économie Nationale et aux Finances, Yves BOUTHILLIER
Le Ministre, Secrétaire d’État à l’Intérieur, Pierre PUCHEU
Le Secrétaire d’État à l’Éducation Nationale et à la Jeunesse, Jérôme CARCOPINO
Le Secrétaire d’État à la Production Industrielle, François LEHIDEUX.

Le sacrifice des monuments publics au service de l’effort de guerre allemand par l’historienne France Debuisson :

  1. Il faut trouver des métaux non ferreux pour sulfater les vignes et approvisionner l’industrie, trouver du cuivre et de l’étain à tout prix. Ce sont « des mesures de salut public » selon l’amiral Darlan. C’est aussi une bonne occasion de faire place nette, aussi bien politiquement qu’esthétiquement, de toutes les gloires plus ou moins contestables élevées sur des socles par la République. En fait de sulfatage, le bronze des statues part aussitôt pour Duisbourg en Allemagne comme « bronze-statues », puis plus discrètement comme « mitraille de vieux métaux destinés à la refonte ».

Le 10 février 1942, 163 tonnes de « bronze-statues » avaient été expédiées et un envoi de 150 tonnes était attendu pour février (Arch. Nat., 68 AJ 459). Pour se faire une idée du nombre de monuments, précisons qu’un buste pèse autour de 60 kilos, une statue en pied dans les 700 kilos et une statue équestre autour de 2 000 kilos. Les vignes françaises n’ont donc jamais profité du sacrifice des monuments publics qui ont fini dans l’effort de guerre allemand et devaient vraisemblablement fournir la matière première du grand projet du sculpteur Arno Brecker à la gloire du Reich car, pour faire des statues en ces temps de pénurie, rien ne valait d’autres statues refondues. (…).

D’après France Debuisson, la mobilisation des bronzes dans les Côtes-du-Nord en 1941-1944. In La Statuaire publique au XIXème siècle. Éditions du patrimoine. 2005

Informations recueillies par Florence Landreau, adhérente aux Amis du Patrimoine.

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Jean-Paul ROLLAND, octobre 2020

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