Le lycée Pavie

Le lycée Pavie

 

PETITE HISTOIRE DU LYCÉE AUGUSTE PAVIE DE GUINGAMP

 

(Pour lire l’article sur les écoles autrefois : clic ici)

 

Par M. Jean-Paul ROLLAND

En 1909 dans l’ancien « Hôpital Général » (actuelle mairie) s’installe l’École Mutuelle. Cette école où se pratiquait l’auto-pédagogie grandit en effectif et en ambition : on créa des classes primaires supérieures qui préparaient aux Arts et Métiers, aux Ponts et chaussées, aux P.T.T., à l’École Normale. Sa renommée dépassait la Bretagne.

En 1916 cette École Mutuelle devient l’École Primaire Supérieure. Fermée pendant la guerre, elle rouvre ses portes le 1er octobre 1919. Elle compte 40 externes et 100 pensionnaires, un directeur qui cumule les fonctions de chef d’établissement, surveillant général et économe. Elle a six professeurs et un agent pour l’externat.

En 1930 il y a 360 internes (le plus gros internat de Bretagne de cette époque).

En 1934 la section « Brevet Supérieur » est créée et elle comptera rapidement 50 élèves…

En 1940 l’école est occupée.

En 1942 l’École Primaire Supérieure devient le Collège Moderne. Le latin y est enseigné jusqu’en seconde et un professeur d’Allemand 2e langue y est nommé.

Après la guerre, en recherche d’un nom à donner à l’établissement, la municipalité fixa son choix sur Auguste PAVIE, un voisin dinannais qui avait été un temps élève de l’École mutuelle.

Le baptême eut lieu le 2 juillet 1949, au cours d’une cérémonie rehaussée par la présence de S.A.R. le prince Savang Vathana, fils du roi du Laos, venu témoigner la reconnaissance d’un souverain pour l’œuvre accomplie chez lui par notre compatriote. Son mérite fut grand. À une époque où les entreprises coloniales sont trop souvent sanglantes, il pouvait dire : « Je connus la joie d’être aimé des peuples chez qui je passais ». L’homme privé d’abord, est un exemple de ténacité dans l’action et de réussite par la volonté et l’humanité et l’administrateur est aussi estimable, qui a donné de la France une image fraternelle en allant à la conquête des cœurs.

En 1944 ouverture de deux classes terminales (philo-lettres et philo-sciences) et la troisième (math-élém.) verra le jour en 1945.

Et finalement, c’est le 1er janvier 1951 que le Collège devient « Le Lycée Auguste Pavie » du nom de ce Dinannais, qui après avoir été élève à Guingamp s’en fut remonter le Mékong et qui marqua de son empreinte pacifique le Cambodge et le Laos.

À partir de 1956, il apparaît à l’Administration que malgré de nombreux aménagements le Lycée est trop exigu. Alors commencent les vicissitudes du projet d’extension. C’est la municipalité qui fait don à l’État d’une propriété au demeurant fort belle le « Manoir de Cadolan ».

C’est ainsi que du printemps 1960 au printemps 1961 s’édifie l’actuel externat de notre Lycée. L’architecte André Ramonet (1908-1998) veut un « vaisseau » de lignes modernes de 102 mètres de long et qui sur 3 étages présente à l’ouest et à l’est des façades où des baies vitrées alternent avec des murs rideaux d’aluminium que souligne un bandeau élégant. Au sud et au nord des pignons dressent d’uniformes parois verticales où le granit rosé alterne agréablement avec des lignes de granit gris.

Mais il n’y a pas d’internat ! Les 450 pensionnaires effectueront pendant 5 ans une petite promenade entre le Lycée et le Champ au Roy (actuelle mairie). L’internat n’est pas oublié et pour la rentrée 1966 il peut accueillir 576 élèves. Mais les réformes continuent et le lycée devient Lycée d’État Mixte Auguste Pavie en 1966.

En 1971, les professeurs d’éducation physique savourent le plaisir d’étrenner les installations du gymnase et du terrain de sport.

Guingamp possède alors un Lycée Moderne, complet, élégant, niché dans la verdure en plein cœur de la ville.

En 1972, mise place d’une œuvre d’art dans le cadre du « un pour cent artistique » qui s’impose depuis le 18 mai 1951. L’auteur de cet ouvrage, tout de cuivre, est M. Georges Delahaie, sculpteur à Plouër sur Rance (1933-2014), ancien élève de l’École nationale supérieure des Beaux-Arts, titulaire de certificats de dessins antiques sculpture ; du prix de composition « Lemarie » qui a obtenu une deuxième médaille en 1956, et fut neuvième au concours de Rome et lauréat d’art monumental.

Ce « Soleil Celte », d’un poids d’une tonne deux cents, a été mis en place par l’entreprise Offret.

Pourquoi ce « Soleil Celte » ?

Nous laissons M. Delahaie nous le dire :

« Guingamp du pays d’Argoat, le pays de la forêt, et Auguste Pavie, le découvreur de monde : voilà les deux idées qu’il m’a semblé devoir être munies dans une même évocation.

J’ai choisi pour cela le vieux thème de la Spirale aplatie : le « Triskel » des anciens Celtes. En effet, son geste évoque tout à la fois le défini et l’infini, le temps arrêté et l’éternité. J’ai pensé le poser sur un tapis de verdure qu’éclairera le métal rouge et les reflets chaleureux de son grand soleil de cuivre.

Au fond, n’était-ce pas pour la quête de ce soleil mystérieux qu’Auguste Pavie était parti vers l’Orient lointain. Et si l’enfant, en regardant cette roue, pouvait percevoir à travers elle la chaîne immense des hommes qui l’ont précédée, en même temps que l’appel des futurs à découvrir… alors j’aurai réussi ».

Qui est Georges Delahaie ?

Georges Delahaie est diplômé de l’École régionale des beaux-arts d’Angers, puis de l’École nationale supérieure des beaux-arts de Paris.

De son Anjou natal et ses études à l’École régionale des beaux-arts d’Angers, il avait gardé une pondération raffinée, le goût du travail bien fait comme en témoignent ses maquettes.

Il découvre Brancusi, Henry Moore, puis Paris, l’effervescence de l’École des beaux-arts et l’art monumental dans l’atelier d’Alfred Janniot.

Après son diplôme, il se libère et rejoint sa maison-atelier à Plouër-sur-Rance (22). Il y réalise des œuvres monumentales en cuivre, en grès d’Erquy, en granit rose, en laiton, en aluminium et de nombreux bronzes. Il sculpte le visage de Marianne, bronze d’un mètre dix, accepté par le maire de Versailles Étienne Pinte pour la salle des mariages de l’hôtel de ville. Ses trophées sont distribués aussi bien aux concours équestres de Dinard qu’au Branlebas de Régates. Certaines de ses sculptures objets sont éditées par Daum et par la Monnaie de Paris. Ses bijoux évoquent une anthologie mythologique et abstraite.

Dans la région on lui doit notamment (liste complète sur Wikipédia):

  • le calvaire de Saint-Lunaire (35), en granit, de Hinglé ;
  • le monument aux Morts de Pleurtuit (35), également en granit ;
  • le monument à la mémoire de M. Verney, maire de Dinard (35) ;
  • la fontaine aux trois chevaux à Lamballe (22),
  • la fontaine et un buste de Marianne à Plouër sur Rance (22) ;
  • une sculpture en granit, 1979, au CES de Callac (22) ;
  • Un monument au « Soldat Breton inconnu », qui sera érigé dans la crypte du mémorial de Sainte-Anne d’Auray.

Georges Delahaie épouse Claudine Demozay ; ils auront une fille prénommée Ève.

Il décèdera le 6 mai 2014.

Puisse la description de ce logo :

  • d’une part raviver les mémoires des contemporains de ceux qui l’ont vu mettre mise en place ;
  • et d’autre part d’être bien interprété par cette multitude de jeunes gens qui viennent acquérir un certain savoir dans cette école.

Mais malheureusement lorsque j’ai voulu moi-même connaître sa signification il m’a fallu interroger beaucoup de monde avant d’en avoir l’explication. Notre civilisation n’a jamais eu autant « d’étranger » en leur pays !

 

Jean-Paul ROLLAND, juin 2020

Tous mes remerciements à Jean Louis Pinson qui m’a ouvert ses « archives » ainsi qu’au journal l’Écho qui m’a permis d’accéder à leur collection de journaux en particulier celui du 8 février 1973.

 

 

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