Un aviateur : Raoul Boscal de Réals de Mornac

Un aviateur : Raoul Boscal de Réals de Mornac

Par Jean-Paul ROLLAND

Raoul Boscal de Réals de Mornac est issu de la famille de Botmilliau né à Plounévez-Moédec (Côtes-du-Nord) le 10 mars 1887. Il signera un engagement volontaire à la mairie de Guingamp le 2 juin 1906 pour 26e régiment de dragons à Dinan. Il y sera bien noté. Après ses 3 ans dans l’armée d’active il sera affecté spécial à la compagnie des Chemins de fer d’Orléans comme homme d’équipe à Lorient en 1910. Il passera aux Sapeurs aérostiers le 21 mars 1913. C’est là qu’il se prendra de passion pour les aéronefs pour lesquels il se distinguera jusqu’à sa mort tragique à Vélizy (Seine-et-Oise) le 5 février 1914.

Dans l’article qui suit on va s’intéresser, grâce à la presse d’époque, à cet accident et aux obsèques qui suivirent à Guingamp à la basilique Notre-Dame de Bon secours.

Le pilote

Le 5 février 1914, alors qu’il allait, le lendemain, prendre le poste de chef pilote au sein de l’école Breguet, Raoul de Réals, un des grands pionniers de l’aviation, décède à l’âge de 27 ans, dans un accident d’aéroplane.

Devenu pilote d’essai après avoir obtenu son brevet de pilotage le 23 décembre 1911 sous le n° 686, il avait la réputation d’être d’un pilote adroit et réfléchi. Il n’avait jamais eu d’accident jusqu’à ce funeste jour où, aux environs de 16 heures, alors qu’il évoluait en direction du champ d’aviation de Villacoublay, il est confronté à des ennuis mécaniques et à une déformation de l’aile gauche de son aéroplane.

Le biplan Sommer qu’il pilote est déstabilisé par des ratés du moteur qui, sur cet appareil, peut développer une puissance de 100 chevaux. Raoul en perd le contrôle. À plus de 500 mètres d’altitude, la chute est fatale.

Dessin du type d’avion dans lequel trouva la mort Raoul de Réals.

Les uns attribuent cet accident au fléchissement d’une aile qui aurait cédé, d’autres à une glissade sur une aile. Dans cette hypothèse, le pilote aurait commis une faute de manœuvre ou perdu le contrôle de son appareil dans un mouvement d’air.

 

Récit de l’accident et portrait de Raoul de Réals par Roland Garros

Témoin de l’accident, Roland Garros, un de nos plus célèbres aviateurs, raconte dans le détail les circonstances de ce crash.

« Raoul de Réals volait à cinq ou six cents mètres. Je le suivais des yeux avec une grande attention. Tout à coup, l’appareil se mit en plongée, et dans une plongée si à pic que je crus que son pilote voulait tenter de boucler la boucle. Mais la descente se prolongeait, et le biplan allait à terre avec une vitesse effrayante. Je vis alors que l’appareil était atteint, une aile, l’aile gauche, avait fléchi et s’était repliée. Le pilote était perdu La chute fut vertigineuse mais, si vertigineuse qu’elle fût, à ceux qui y assistèrent impuissants et terrifiés, elle parut interminable. Le malheureux de Réals, qui était un excellent pilote, a dû tout de suite savoir qu’il tombait dans la mort. Si brave qu’il fût, il a dû connaître alors quelques secondes affreuses. »

Et il lui rend hommage.

« Raoul Boscal de Réals appartenait à l’une des familles les plus anciennes et des plus justement honorées de notre Bretagne. Sous des dehors un peu froids, il cachait une âme généreuse et noble, un cœur affectueux et bon. Il aimait la gloire et il avait espéré la trouver dans ce sport héroïque de l’aviation où il vient, en effet, de la saisir, mais au prix de sa vie. Il est tombé comme tant d’autres de ses camardes au champ d’honneur. De telles morts ne sont pas inutiles. Elles ne sont pas seulement, comme l’on dit, la rançon du progrès elles sont aussi un grand exemple elles marquent d’un trait douloureux, mais sublime une vie tout entière consacrée à un haut idéal. Et de ces sacrifices sanglants, c’est, à chaque fois, un peu de gloire qui rejaillit sur le pays ».

La conquête du ciel se paie, en effet, très chère ! En quatre jours, après le lieutenant Delvert, le capitaine Niquet et l’aviateur Émile Brodin, Raoul de Réals est la quatrième victime.

Le corps de l’aviateur est installé dans un des hangars du champ d’aviation transformé en chapelle ardente avant d’être transporté, le lendemain matin, en l’église Saint-Pierre de Montrouge pour une cérémonie religieuse. Puis, départ pour Guingamp où doit avoir lieu l’inhumation dans le caveau de sa famille paternelle, les Botmilliau.

Caveau de la famille de Botmilliau

Au cimetière de la Trinité, dans lequel repose la dépouille de l’aviateur Raoul de Réals.

 

Vive émotion à Guingamp

La nouvelle du décès de l’aviateur a créé une vive émotion dans la cité bretonne. Descendant d’une famille de notables guingampais, Raoul a fait ses études à l’institution Notre-Dame de Guingamp. Son grand-père paternel, René Louis Adolphe de Botmilliau, a été maire et député de ville de 1848 à 1852. Son père, officier de cavalerie, est né et a vécu au château de la Chesnaye jusqu’ à son installation au manoir du Gollot en Plounévez-Moëdec où Raoul naît le 10 mars 1887.

Les obsèques

Les obsèques de Raoul de Réals sont célébrées à Guingamp le 9 février 1914. Le journal « Ouest-éclair » en fait le récit dans son édition du 10 :

« La levée du corps a été faite à la gare à 14 h 45 par l’abbé Kergus (professeur de philosophie) assisté de tout le clergé paroissial.

Le corbillard disparaissait sous de nombreuses couronnes de fleurs… offertes par des aviateurs amis…

Les cordons du poêle (nota : les cordons reliés au drap funéraire qui recouvrait le cercueil) étaient tenus par Messieurs Georges de Kerouartz, Vallée de Belle-Isle-en Terre, Guidon de Guingamp et Duval de Lanvollon. Le deuil (convoi mortuaire) était conduit par Monsieur de Réals son père, Jean Descognets son beau-frère et le capitaine de frégate de Martel son oncle. Une foule considérable suivait le convoi et sur le parcours, il y avait une assistance sympathiquement émue ».

Après une cérémonie à la basilique Notre-Dame de Bon Secours, ornée de tentures noires, le cortège s’est dirigé vers le cimetière de la Trinité, où l’inhumation a eu lieu dans le caveau de famille ».

Devant la tombe, Marie Désiré Billot, maire de Guingamp (mieux connu sous le nom de Commandant Billot) prononce l’éloge funèbre. Il rappelle le parcours du défunt, les souvenirs qu’il laisse à ses camarades de classe. Il salue aussi le courage, la bravoure, la témérité… de tous ces pionniers de l’aviation, ces héros du ciel, épris de gloire, prêts à sacrifier leur vie pour un idéal.

Discours de Marie Désiré Billot

« Au moment où cette cité reçoit l’infortunée victime du dernier accident d’aviation, il est juste qu’une voix s’élève pour saluer la dépouille mortelle de notre jeune compatriote qui, sans souci du danger quotidien, utilisait, pour la gloire de la patrie, les merveilleuses qualités de notre race.

Bien longue est la liste de ces victimes d’une des plus magnifiques découvertes de notre temps, et l’on est frappé de stupeur en lisant les détails de ces accidents multipliés.

Rien ne décourage pourtant ces vaillants qui trouvent toujours aussi vaillant et aussi téméraire pour prendre leur place.

Et nous qui sommes les spectateurs étonnés de ces luttes de géants, nous ne pouvons que nous incliner devant ces héros, et prier Dieu pour ceux qui tombent au champ d’honneur.

  • Ils sont nombreux ceux qui dans cette ville ont connu Raoul de Réals.

Issu d’une famille des plus anciennes de Guingamp, il fit ses études au collège Notre Dame. Ses camarades se souviennent encore de cet esprit entreprenant qui dédaignait les choses vulgaires et se montrait déjà épris de gloire et d’aventures.

Raoul de Réals était entré dans l’aviation en 1911 et il obtenait son brevet le 23 novembre de la même année. Il passait pour un pilote adroit et réfléchit.

Son désir de prouver les services que l’aviation pouvait rendre à la défense nationale était tel que dès le début de la guerre des Balkans[1], il faisait les démarches nécessaires pour être admis dans l’armée serbe.

Il y fut un auxiliaire habile et eut la bonne fortune de mener à bien des explorations difficiles au cours desquelles il se signala comme un aviateur audacieux et consommé.

Et lui qui avait surmonté tant de difficultés et qui était sorti vainqueur de tant d’épreuves en exercices ordinaires comme en campagne, tombe victime d’un accident imprévu dans un simple essai d’appareil. Insondable mystère de la destinée humaine qui fait monter nos pensées vers Dieu.

Le 5 février, il s’était élevé à 600 mètres d’altitude, lorsque pour une cause qu’on ne connaîtra jamais une des ailes de l’appareil se replia et ce fut une chute effrayante dans la mort. Si brave qu’il fût Raoul de Réals a dû connaître là des secondes affreuses et ceux qui ont assisté à ce malheur, racontent que par deux fois il essaya de rétablir l’équilibre perdu sans pouvoir y réussir.

Aucune consolation n’est capable d’atténuer la douleur dont nous sommes les témoins émus et nous ne pouvons que nous incliner respectueusement devant elle.

Pourtant j’ai grande compassion pour le pauvre père et pour la pauvre mère dont le fils n’est plus.

Je leur adresse, ainsi qu’à leurs enfants si éprouvés dans la fraternelle tendresse et à toute la famille l’expression d’une douloureuse et profonde sympathie partagée par toute l’assistance.

Nous garderons fidèlement la mémoire de Raoul de Réals qui vient dormir son dernier sommeil au milieu de nous et notre prière se joindra à celle de tous les siens.

Un pieux respect entourera sa tombe et sa mort demeurera pour nous un bel exemple de sacrifice généreux dont nous saurons ne pas perdre la leçon.

Nous renouvelons à Madame et Monsieur Raoul de Réals, à Madame et Monsieur Jean Descognets et à toute sa famille, l’expression de nos condoléances émues. »

Quel souvenir ?

Seule sa sépulture rappelle son souvenir à Guingamp ! Puisse cet article, rendre hommage à cet illustre pionnier de l’aviation. Vœu pieux ?

Jean-Paul ROLLAND, avril 2020.

  • Sources : Ouest-Éclair du 10 février 1914
  • Photos : Nicole le Cudennec et Internet

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[1] Guerres des Balkans sont des conflits qui ont divisé les Balkans dans les années 1912 et 1913. Les peuples chrétiens de l’Empire ottoman, qui s’étaient émancipés de la domination turque, aspiraient à agrandir leurs États en regroupant les populations de même langue vivant encore dans la « Turquie d’Europe ». Mais l’imbrication de ces populations dans certaines zones et le jeu des grandes puissances visant à diviser pour régner compliquent le processus.

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