La place du Vally

La place du Vally

Par M. Maëlwenn DAREAU

La place du Vally est l’une des plus grandes places de Guingamp, l’une des plus connues. Cette vaste place à l’entrée de la rue Notre Dame a une histoire, une âme, et je vais tenter de vous la raconter…

Étymologie

Remontons aux origines de la place et du nom… Le mot « Vally » peut signifier l’emplacement du « Vallum » ancien, c’est à dire du système de défense (fosse et palissades : chez les romains, le vallum désignait précisément la palissade) et non la motte elle-même. Dans les textes anciens, il était écrit que « la motte était sur le Vally », ce qui pouvait signifier qu’elle dominait cette dernière, qu’elle surplombait le Vally.

Au fil du temps

Le Vally, n’a été aménagé sous sa forme actuelle qu’à partir de la fin du XVIIIe siècle.

Si actuellement c’est une esplanade qui domine la zone du château, c’était, au vu des plus anciens plans, une zone déprimée, un vallon dont les eaux étaient drainées par un petit ruisseau coulant vers le Trieux.

On a longtemps discuté sur l’emplacement des deux châteaux précédents que l’on voyait généralement distinct de l’emplacement du troisième : on les voyait sur ce Vally… mais les fouilles du château en 2004 nous ont enfin révélé l’histoire de ce dernier… (cf. Château Pierre II).

La Place du Vally prendra différents noms au cours de son histoire : place de la Liberté puis de la Fraternité durant la Révolution, Place de l’Impératrice sous Napoléon 1er.

En 1856 Benjamin JOLLIVET décrit parfaitement cet endroit : « au retour des croisés, vers le milieu du XIIIe siècle, la France se couvrit d’hôpitaux qui prirent le nom de maladreries. Un de ces établissements, destinés au soulagement des malheureux atteints de la lèpre, fut fondé à Guingamp et placé sur le Vally (côté nord est de la place actuelle) Il ne reste plus de traces de cet hôpital, mais on conserve à l’emplacement qu’il occupait le nom de Palestine, qui lui fut donné sans doute pour rappeler que cette maladie repoussante et terrible nous est venue d’Orient. » Dans les années 1790, Mme de la Boissière décida de démolir la plus grande partie de sa maison dite de « Palestine » située près de la place du Vally.

Sur le plan de 1740, il subsiste en effet, une partie de la motte qui déborde de la base du château, et c’est cette partie que l’on déblaya pour aménager le Vally, à partir de 1780. En effet, elle fut nivelée par des soldats du régiment de Rouergue qui tenait alors garnison à Guingamp.

D’ailleurs un projet de place d’armes sur le Vally fut évoqué avec l’implantation d’une caserne. Le maire de l’époque LE MAT sera l’investigateur de ce projet, mais le duc de Penthièvre en ordonna l’arrêt, car il ne fut pas averti de ces changements. Seul l’aplanissement du Vally fut effectué. Mais depuis la Révolution, la place resta en l’état de terrain vague, servant de champ de foire…

Elle servira alors de terrain d’exercice pour le 48ème RI et pour les célébrations du 14 juillet.

En 1800, le Vally sera renommé « Place de la Liberté », mais reste toujours un terrain vague… Son aplanissement et les murs de soutien ne seront terminés qu’en 1820. Le Vally sera planté d’arbres. Un escalier monumental à double volée sera construit pour accéder aux rues de Rustang et Ruello, ainsi qu’à la place du Petit Vally en contrebas.

Dans son ouvrage sortit en 1859, Sigismond ROPARTZ évoque le Vally : « on achève, en ce moment même, de le planter et de le niveler : ce sera, dans quelques années, une vaste et magnifique promenade ».

C’est aussi sur cette place du Vally, qu’avaient lieu les exécutions militaires. Benjamin JOLLIVET les décrit très bien : « Les femmes de mauvaises vie trouvées à la caserne étaient passées publiquement par les verges, et, si l’on en croit une légende conservée dans les mémoires, un soldat fut fusillé pour avoir volé à l’un de ses camarades un objet valant à peine 50 centimes. L’exécution de ce malheureux eut lieu au pied du mur d’un jardin appartenant maintenant, je crois, à M.E de la Bégassière. Le Lendemain, on trouva le mur écroulé. On le releva, et, dès la nuit suivante, il croula encore ».

Au tournant du XXe siècle

À cette époque-là la foire aux chevaux se tenait sur le Vally. Dans son livre « Vivre à Guingamp au XIXe siècle » Mme Simonne Toulet écrivait : « Le commerce du bétail vivant étant le plus actif, on pouvait compter jusqu’à 400 chevaux à certaines foires et plusieurs centaines de bovins. La proximité de la gare de chemin de fer était un argument en faveur d’un glissement vers le haut de la ville. Cependant d’autres considérations interviennent. Le Vally a été aménagé en promenades garnies de fort beaux arbres, les foires aux chevaux y ont-elles encore leur place ? … » Le Vally deviendra le marché aux chevaux après le déménagement du champ de foire au Champ-au-Roy à la fin du XIXe siècle avec la construction des nouvelles halles.

À l’occasion de la venue du ministre de l’agriculture M. RUAU en 1909, venu inaugurée le nouvel hôpital en PABU, l’État offrit à la ville de Guingamp un buste de la République en bronze, posé sur une stèle ornée d’une palme d’olivier. Sur son socle, était inscrit : « Le Gouvernement de la République à la Ville de Guingamp 1906 ». Ce buste sera installé à l’entrée de la place du Vally en cette année 1909, avant d’être transféré sur la place de la République en 1924.

En cette même année 1924, le 11 novembre, sera inauguré sur la place du Vally, sous la présidence du député Le TROCQUER, le monument aux morts de la Première Guerre mondiale. Ce dernier fut financé par une souscription et une subvention municipale. L’œuvre sera réalisé par le sculpteur H. GALY : une statue en marbre blanc érigée sur un socle de granit. (Voir l’article déjà publié sur le site).

En ce début du XXe siècle le Vally servira ainsi que nous l’avons dit, de foire aux chevaux, mais aussi de terrain de football et de courses cyclistes.

 Avant la construction du Jardin public et de son kiosque en 1913, le Vally était la place ou l’on devait être vu. En effet, le dimanche, la musique militaire y donnait des concerts et les familles se donnaient rendez-vous. Celles-ci n’y allaient pas pour écouter la musique, elles se rendaient au Vally surtout pour exhiber leurs toilettes neuves, un nouveau chapeau chic, ou une dernière nouveauté à la mode.

La place sera éclairée par des becs de gaz, et l’on peut voir encore aujourd’hui la base de l’un d’eux sur le mur au-dessus de l’escalier descendant vers la place du Petit Vally.

Dans les années 1920, la municipalité aura le projet de construire un « CINEMA-VALLY-PALACE » au nord de la place. Ce projet ne verra jamais le jour et seul subsistent les plans aux archives municipales.

Et maintenant

La place du Vally continuera à évoluer tout au long des XXe et XXIe siècles. Après la seconde guerre mondiale, le Vally vit se dérouler de grands meetings politiques, en particulier avec la venue de Marcel CACHIN, leader communiste breton. La fête foraine s’y installera lors du pardon de Guingamp le premier weekend de juillet. La place verra également l’installation du cinéma ARMOR (ancien garage Ford au sud du site), la maison paroissiale, la boutique de l’En Avant de Guingamp.

Une gare routière sera construite par Georges Robert LE FORT (architecte municipal de la ville) dans les années 1930 au centre de la place. Ce bâtiment existe encore aujourd’hui ! Il sera occupé par l’office du tourisme, avant son déménagement au Champ au Roy. Enfin, le Festival de la Saint Loup occupe actuellement le bâtiment, et son festival se déroule sur la place tous les ans depuis une dizaine d’années.

En 1993, avec la destruction des Halles, le marché s’installera le vendredi sur la place du Vally.

Aujourd’hui encore, la place du Vally s’inscrit dans l’évolution de Guingamp. Elle a su s’adapter, se transformer aux défis du futur, tout en gardant son histoire et sa mémoire.

Maëlwenn DAREAU

Voir aussi la page consacrée à la Maison du Vally (maison paroissiale)

Sources :

  • Benjamin JOLLIVET
  • Sigismond ROPARTZ
  • Simonne TOULET
  • Archives municipales
  • Photos et illustrations : Maëlwenn DAREAU
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