La basilique, vicissitudes

La basilique, vicissitudes

Par M. Jean-Pierre COLIVET

Le triste incendie de la cathédrale Notre-Dame de Paris le lundi 15 avril 2019 à 18 h 50 laisse sans voix. Hélas, ce n’est pas le premier et ce ne sera pas le dernier. Toutes les époques ont connu de pareils événements. Le but de ce court sujet est de se rappeler que notre basilique Notre-Dame-de-Bon-Secours a connu par le passé bien des démolitions importantes et à chaque fois elle a su s’en remettre en faisant éclater plus de joie à travers ses reconstructions.

Nota : on parle d’église Notre-Dame avant 1899 date à laquelle elle a été élevée au rang de basilique mineure (les basiliques majeures sont à Rome ou au Vatican).

Le porche Renaissance

Commençons par stationner devant le portail ouest. Si l’on observe bien l’ensemble de la façade avec ses deux tours, on commencera par remarquer que l’on a deux styles très différents à savoir, du côté nord (côté rue Notre-Dame) un ensemble gothique et du côté sud, un ensemble Renaissance. Entrons dans la basilique et levons la tête vers le haut de la nef. On remarquera que notre église est comme coupée symétriquement. Du reste, si l’on observe les triforiums, c’est-à dire les galeries de circulation au-dessus des piliers, on a deux styles complètement différents. Pourquoi cette différence flagrante ?

Photos : triforium gothique et triforium Renaissance

 

 

 

 

Au XVIe siècle, à la veille de la saint André (30 novembre) 1535, la tour — sans doute gothique — exposée au sud-ouest s’écroula. Dans sa chute elle entraîna une partie de la nef ainsi que le portail ouest. Jouxtant la basilique quelques maisons seront écrasées dans la chute dont celle du sacriste (celui qui a le soin de la sacristie, qui prépare les objets nécessaires au culte et aux cérémonies, entretient et orne l’église. On dirait aujourd’hui sacristain). Il ne faudra qu’un an pour que la première pierre de la reconstruction soit posée. Toute la reconstruction sera faite dans le style Renaissance tel que nous pouvons encore le remarquer. L’architecte devra faire coïncider deux styles complètement différents en termes d’architecture tout en cherchant à se protéger techniquement parlant d’un nouveau sinistre. Les bourgeois de Guingamp demanderont à Maître Philippe Beaumanoir et à Maître Jean Hémeri de réaliser un avant-projet. Celui-ci ne sera pas retenu car trop onéreux. Finalement ce sera Jehan Le Moual qui sera retenu puis une succession de maîtres maçons achèveront la construction. Le dernier maître d’œuvre connu, en 1580 sera Yves Auffret.

Les pierres nécessaires à la construction viendront de la carrière de pierres de granit de Kerempilly en Bourbriac, de Scouasel toujours en Bourbriac. Les charpentes seront réalisées par Rolland Montfort charpentier à Saint-Agathon.

Au cours de ces travaux, les seigneurs de Guingamp se montrèrent particulièrement généreux. En 1579, Madame de Martigues donna vingt écus soleil « afin d’autant mieux avancer la reconstruction ».

Cet effondrement de la tour nous est raconté, gravé dans la pierre. Sur la droite du porche, on voit un personnage renaissance qui tient un long ruban (un phylactère) qui longe la tour. Il y est inscrit :

          La vigile S. André vers le soir
          L’an mil cinq cent trente cinq
          La grande âme piteuse à voir
          Fut de cette tour qui à terre vint
          Au none, dit le cinquième jour
          L’an m. cinq cent trente six
          La première pierre sans séjour
          […] fut assis.

La tour pointue

La tour actuelle était nommée la tour pointue à cause de la flèche octogonale qui la surmonte. Elle présente tous les caractères du XIIIe siècle. Elle mesure 60 mètres de hauteur. À sa base on peut remarquer quatre clochetons. En décembre 1755 un ouragan fit tomber l’un d’entre eux.

En 1737, la tour fut foudroyée. Les dégâts furent considérables. Il existe un procès-verbal très détaillé faisant état de la somme de 4 000 livres pour les réparations.

Vers 1800, le clocher attira à nouveau la foudre. L’énorme pierre qui en formait la pointe tomba et troua la voûte du chœur durant un office. Heureusement, personne ne fut blessé…

En 1874, un violent ouragan renverse la pointe sur une longueur de trois mètres. Les réparations furent faites quelques années plus tard. Un crédit des Beaux-Arts (1897) a permis de restaurer la base de la tour et des clochetons.

Plus près de nous, le 7 août 1944, lors de la Libération de Guingamp par le maquis de Coatmallouen et les forces américaines, le clocher verra son destin basculer. Le général Budet, président du musée de la Résistance en Argoat, décrit cet incident dans un article paru dans le journal Ouest-France : « sur la place du Centre, un groupe commandé par Yves Gallo reçoit l’ordre de monter dans le clocher et de mettre en place un poste d’observation. Les Américains détectent des mouvements et, sans plus attendre, tirent sur le clocher au canon, persuadés qu’il s’agit d’une unité ennemie. Le clocher tombe au bout de quelques salves. »

La basilique est défigurée et la chapelle du Saint-Sacrement est sévèrement endommagée. Les réparations entamées en 1953 seront payées par les dommages de guerre américains. De nouveaux vitraux viendront éclairer la chapelle et seront l’œuvre de l’atelier de M. Hubert de Sainte Marie (1923-1991), à Quintin.

La porte-au-duc

Cette porte date du XIIIe siècle et son nom provient des ducs de Penthièvre qui accédaient à Notre-Dame par cette entrée.

Au-dessus du gâble on peut y lire 1670. A cette époque l’on releva le pignon tout « couleuvré » (sans doute signifiant « tout fissuré ») dit une délibération de cette époque, et l’on perça deux fenêtres de plein cintre. Les restaurations du milieu du XIXe siècle ont fait disparaître les ogives primitives pour leur substituer des baies de plein cintre.

Le vitrail blanc

Pendant la Seconde Guerre mondiale, rue Notre-Dame, juste en face de la basilique, se situait le commerce de tissus de M. Le Friec. Cette maison fut réquisitionnée par les allemands afin qu’ils puissent s’en servir pour animer leur propagande. En 1945, deux personnes s’en prirent au propriétaire, pensant qu’il collaborait avec les allemands et disposèrent une bombe à sa porte ; malheureusement le souffle de l’explosion endommagea la porte et la vitrine du magasin ainsi que le vitrail de la Passion de la basilique et une partie du vitrail de Pierre II et Françoise d’Amboise.

Celui-ci a été restauré, mais celui de la Passion est toujours en verre neutre. Cependant, quelques morceaux de l’ancienne verrière ont été replacés, là où l’on peut voir le haut des lances des légionnaires romains. Cette dernière était semblable à celle qui se trouve sous la rosace de la maîtresse vitre de la cathédrale de Saint Pol de Léon. La destruction du vitrail n’a pas été prise en compte dans les dommages de guerre car l’acte de destruction a été perpétré par des « anarchistes ».

En guise de conclusion

Comme on vient de le survoler, la basilique de Guingamp aura subi un certain nombre d’outrages plus ou moins importants mais à chaque époque l’on prit le soin de réparer, d’embellir selon les critères de l’époque ou des ressources disponibles et de rendre l’édifice au culte après des dégâts importants pour célébrer la gloire de Dieu. Ainsi va le monde…

 

Jean-Pierre COLIVET, 19 avril 2019

Bibliographie

  • Etudes pour servir à l’Histoire du Tiers-État par Sigismond Ropartz (1850)
  • Notre-Dame de Bon-Secours par l’abbé J.-B. Coadic (1933)
  • Le vitrail blanc de la basilique par J.-P. Rolland
  • Ouest-France du 7 août 2015 : la-longue-journee-du-7-août-1944-3610236
  • Photos : Jean-Pierre Colivet ; photo 1944 : Guy Delattre

 

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