François Valentin (1738 -1805), peintre

François Valentin (1738 -1805), peintre

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Par M. Jean-Paul Rolland

François Valentin naît à Guingamp le 10 avril 1738. Son père Charles Valentin, instituteur et bedeau, appartenait à une vieille famille guingampaise, sa mère, Marie Le Goïc, appartenait, dit-on à une famille de Quimper. Après la mort du père, la famille Valentin alla s’établir à Quimper. Là, l’abbé Talhouët de Severac, chanoine, remarqua les dispositions du jeune François Valentin pour le dessin et fut son premier professeur.
À Guingamp, une rue porte son nom : elle mène de la rue Notre-Dame au parvis sud de la Basilique. Valentin fut un peintre de talent malheureusement un peu oublié jusqu’en 1989 où des expositions à St-Brieuc et Quimper lui furent consacrées.
Dans l’hôtel de ville de Guingamp, en rentrant par l’escalier de la rue du Champ au Roy, à gauche, une salle porte son nom.

Ce portrait a été offert à la municipalité en 1872 par M. Perrin.

 

 

 

 

Maison natale de François Valentin, où l’on distingue sur la droite sous la fenêtre du premier étage cette plaque de marbre placée en 1857 par un monsieur Pivain, où l’on peut (essayer de) lire :

 

« À la mémoire
de FRois VALENTIN
Peintre distingué de l’Ecole Française
Il naquit à Guingamp le 3 avril 1738 et
Mourut à Quimper le 21 septembre 1805 »
Il faut lire 10 avril 1738 et non pas 3 avril. Cette plaque de marbre nécessiterait un peu plus d’égard !

 

La rue Valentin est, somme toute, une création assez récente, si on la considère à l’échelle du passé de Guingamp. Son tracé est devenu réalité en 1883 mais elle n’a pris son nom qu’en 1887. Ensuite ses riverains ont façonné son histoire. Coté Basilique, la physionomie de la rue a été profondément transformée au fil des ans.

L’ancienne poste (voir l’illustration) dont le pignon bordait la rue a disparu dans les années 1960.
Ce paisible petit coin de Guingamp a connu sous les municipalités d’Edouard Ollivro et de Maurice Briand un mini vent de fronde. Lorsque l’on a creusé derrière la basilique, aucun parking n’était prévu. Les habitants et les gens de passage ont signé une pétition et sont allés droit à la mairie. Ce n’est qu’en 1980 que ce parking tant désiré a été matérialisé. Mais pas comme l’auraient souhaité les riverains !

 

Une carrière marginale

Fils d’un modeste maître d’école, il loge à proximité de l’église Notre-Dame et bénéficie de l’instruction de son père. Il se distrait des crayonnages qu’il improvise dans la rue. Valentin a une dizaine d’années lorsqu’une place vacante de maître d’école à Quimper décide du déménagement de ses parents. Les ressources de la famille lui interdisant l’accès au collège des Jésuites, il entre alors comme apprenti chez son oncle, maître-verrier. Grâce à l’abbé de Talhouet de Séverac, qui lui donna les moyens de se rendre à Paris, où Valentin se distingua rapidement et devint « pensionnaire du Roi » à l’Ecole Française de peinture à Rome. Il suivit alors les leçons du célèbre peintre Joseph Marie Vien (né à Montpellier le 18 juin 1716 et mort à Paris le 27 mars 1809 est un peintre, dessinateur et graveur français, précurseur du néoclassicisme. Premier peintre du roi Louis XVI ; directeur de l’Académie de France à Rome). Il débuta sa carrière dans des conditions marginales car n’étant pas élève de l’Académie Royale, il ne peut prétendre concourir au Grand Prix qui permettait au lauréat d’être envoyé à Rome à l’Académie de France. Pourtant, en 1769, Valentin part pour Rome et, par une faveur spéciale, entre à l’Académie.
En 1773, il retourne à Paris. Apprécié de Gabriel François Doyen (né le 20 mai 1726 à Paris et mort le 13 mars 1806 à Saint-Pétersbourg), il travaille pour celui qui est devenu le premier peintre du Comte d’Artois (devient roi sous le nom de Charles X de 1824 à 1830) et de Monsieur, Frère du roi. Doyen conçoit le décor du château des Ormes, en Poitou, demandé par le marquis d’Argenson. Valentin fut le seul exécuteur de ces travaux.
La situation financière de Valentin grâce à ce chantier et à quelques commandes privées devient confortable mais il ne peut toujours pas exposer au Salon bisannuel réservé aux Académiciens.

 

Un peintre dans la Révolution

En 1789, Valentin suit avec passion les événements politiques et, le 14 juillet, participe à la prise de la Bastille. Les résultats les plus visibles de l’influence de la Révolution sur son œuvre sont les premières participations de Valentin à des expositions en 1790 puis en 1791 au Salon Officiel du Louvre désormais ouvert à tous les artistes.
Mais la fin des commandes royales et du mécénat privé met les artistes dans une position matérielle délicate et les condamnent, pour vivre, à pratiquer des genres mineurs. Valentin n’y échappe pas et quitte Paris fin 1791 pour sa Bretagne natale où il est hébergé par l’Abbé de Talhouet de Séverac.
Six mois plus tard, Valentin est à Quimper. En 1793, il est nommé au poste d’administrateur du District de Quimper. Il y met à profit son expérience de peintre dans deux domaines : la sauvegarde des tableaux et l’Instruction Publique. Il parcourt ainsi le district à la recherche d’œuvres afin de les sauver des destructions liées à la vague de déchristianisation. Il en restaure quelques-unes mais le résultat est maigre et ne permet pas la création d’un muséum à Quimper comme il le souhaitait. Parallèlement, Valentin ouvre un cours de dessin gratuit.
En 1793, Valentin se désengage politiquement, ne pouvant adhérer aux exactions commises sous La Terreur. Il se consacre à ses cours de dessin et en 1796, est nommé professeur à l’Ecole Centrale.
En 1794, il publia de nombreux dessins de scènes bretonnes et de costumes bretons dans le « Voyage dans le Finistère » ouvrage de Jacques Cambry (1749-1807, lorientais, désigné en 1794, commissaire des Sciences et des Arts. A ce titre, il effectue en en 1794-1795, un voyage dans le Finistère, afin de visiter les dépôts de biens confisqués à la noblesse et aux couvents)
Durant les années suivantes, la vie quimpéroise, ses amis, sa femme Julie de Boisjaffray qu’il épousa à 61 ans, ses élèves au Collège lui suffisent et il semble avoir mis un terme à sa peinture. Pourtant en 1802, il dessine des études en l’honneur du premier Conseil pour le Concours de la Paix d’Amiens et du Consulat. Il semble retrouver son enthousiasme primitif. Mais il est âgé de 64 ans. Il exercera comme professeur de dessin à l’Ecole Centrale du Finistère jusqu’à sa mort le 21 septembre 1805. Il est enterré sous le porche de l’église à Kerfeunteun, Quimper.

 

Un peintre de talent oublié

La carrière de Valentin s’achève ainsi bien modestement. Le marché de l’art ne pouvant redémarrer qu’avec le mécénat de l’Empire et le développement de la Bourgeoisie, de nombreux peintres comme Valentin n’ont pu exercer normalement leur métier et en vivre. Et Valentin à Quimper, bien éloigné de la capitale, ne pouvait recueillir immédiatement les fruits de ce changement, recevoir achats et commandes et commencer une nouvelle carrière.
Après sa mort, l’oubli va s’abattre très vite sur Valentin et son œuvre. La raison essentielle est que beaucoup de ses œuvres furent détruites ou dispersées. Certains cartons de l’artiste furent achetés par le Comte Paul Emile de la Fruglaye (homme politique français né le 13 mars 1766 à Quimper et mort le 25 juin 1849 à Ploujean (Finistère), dans son château de Kéranroux).
A défaut de matière, les historiens de l’art et les commerçants d’art n’ont pas contribué à favoriser la mémoire de ce peintre au talent pourtant désormais confirmé.

Portrait de François Valentin par Vien fils (Joseph Marie 1761-1848)

 

Jean Paul ROLLAND, décembre 2022

 

Photos : Les Amis du patrimoine

 

 

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