Guingamp et les principaux châteaux du Trieux
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Par Frédéric Morvan, professeur agrégé d’histoire, docteur en histoire médiévale,
spécialiste de l’histoire de la Bretagne,
président du Centre d’histoire de Bretagne
Sur le cours du Trieux, un chapelet de places fortes, selon Nicole Chouteau, « se relaient pour prendre sous leur surveillance chaque méandre de la rivière ». Selon cette auteure, comme au temps de Vauban, « à l’approche du danger, elles communiquaient entre elles par des signaux de fumées ». Bien sûr, ces forteresses, souvent très nombreuses et très anciennes comme l’a montré dans son inventaire Stéphane Hinguant, avaient un rôle militaire, ce qui leur valurent d’être démantelées et détruites pour beaucoup durant les différentes phases de l’histoire de Bretagne. Bien sûr, elles étaient là aussi pour protéger un des grands axes de circulation bretons qui menait à une des plus grandes cités du duché puis de la province de Bretagne, Guingamp.
Un certain nombre d’entre elles furent des cœurs politiques, juridiques et judiciaires car elles furent, jusqu’à la Révolution, même détruites, les centres des plus grandes seigneuries bretonnes, relevant directement du duc de Bretagne, ou appartenant même à ce dernier ou à des princes de Bretagne. Lorsque je mentionne relevant, cela signifie que leurs détenteurs étaient les vassaux directs du souverain de Bretagne, et donc les personnalités politiques parmi les plus importants de Bretagne. Le très important Livre des Ostz, dressé en 1294 sur ordre du duc Jean II de Bretagne, les mentionne et indique leur possession, soit leur fief, nommé à l’époque « fié » ou « terre ». Il n’existe que deux exemplaires de cet ouvrage, l’un conservé à la Bibliothèque nationale de France, l’autre dans le Trésor des Chartes des ducs de Bretagne aux Archives départementales de Loire-Atlantique, à Nantes. Ce sont tous les deux des copies du XV e siècle. Et pourtant, un des conservateurs de la Bibliothèque nationale a qualifié l’exemplaire conservé dans la capitale à un « Picasso » de la Bibliothèque.
Le Livre des Ostz un « Picasso » à la Bibliothèque nationale
Le Livre des Ostz recense en fait tous les devoirs militaires des vassaux directs du duc de Bretagne. Il est divisé en chapitre intitulé « baillie », qui sont des circonscriptions administratives. Le but de Jean II était de savoir à une époque où ses proches parents, les rois d’Angleterre et de France, recommençaient à se faire la guerre, l’importance de l’armée ou ost dont il pouvait disposer.
Lorsque j’ai entrepris d’identifier les personnages et les fiefs cités dans cet ouvrage, travail qui n’a toujours pas été publié, j’ai découvert que le critère de base, le Chevalier d’Ostz, servant à évaluer l’importance des devoirs du vassal envers son duc, représentait une place forte que le déclarant disposait, place-forte obtenue, par lui ou par ses ancêtres, dans des circonstances assez difficiles à établir. C’est sur le terrain, en prospectant, le long du Trieux, à Frinandour, que j’ai pu vérifier mon hypothèse.
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Voici ce qui concerne dans le Livre des Ostz le Trieux.
Tréguier
« Monseur Henri d’Avalgor, X chevaliers d’Ost poru les fiez de Goylou et de Quintin. Monsour Pierres Tournemine, II chevaliers de son fié de Bolloy et de Triguier. La dame de Guergoullé dit qu’elle ne doit nuls chevaliers d’Ost de sa terre de Triguier fors à aller à la semonse comme les autres gentilz hommes. Le seigneur dou Perier, I chevalier d’Ost. Richart de La Roche Jagu, I demy chevalier dou fié de Ploisal. La Ville Robert, doit I escuier d’Ost. La Ville Loys, I escuier d’Ost. Les Villes Courent et Moredre, I escuier d’Ost. Cels qui s’ensuient et leurs appartenances doivent I demy chevalier d’Ost à Ploisaul : la tenue du Les Luet, la tenue de Launoi Morvan, la tenue de Karadeuc et la tenue An Falcon. »
Avaugour
Henri d’Avaugour, avec ses dix chevaliers d’ost, se retrouve être un des plus grands vassaux du duc de Bretagne. Ces dix chevaliers doivent donc correspondre à ses dix plus importantes forteresses. Cependant une seule se trouve sur le Trieux, celle qui porte son nom, Avaugour. Si ce nom d’Avaugour donne l’impression qu’Henri d’Avaugour appartenait à la noblesse féodale, il n’en ait rien. Il était en fait un prince, descendant en ligne directe masculine des ducs de Bretagne de la maison de Rennes dont il était l’héritier. Henri II d’Avaugour fut le grand rival des ducs de Bretagne de la maison de Dreux. L’histoire et les documents le nomment ainsi car son grand père, Henri, prit le nom de ce château, certainement une motte féodale, où il naquit certainement. Durant des siècles, les historiens, et encore récemment, ont nommés ces princes bretons de la maison de Rennes les Avaugour ou les Penthièvre. En 1213, le roi de France retira à Henri I er son soutien et Henri perdit à la fois sa fiancée, Alix de Thouars, duchesse de Bretagne, qui épousa Pierre de France, dit Pierre Mauclerc, fils du comte de Dreux (un prince capétien), et de nombreux domaines.
Le nouveau duc Pierre n’accepta pas en effet l’ordre de primogéniture mâle régissant la dynastie de Rennes. Il s’empara de Guingamp qui avait été occupée en 1138 par le comte Henri (ainsi nommé dans les archives anglaises), sous-entendu de Bretagne, plus connu sous le nom d’Henri de Tréguier (mort en 1183) qui était le grand-père d’Henri Ier d’Avaugour, et le troisième fils du comte Etienne. Pour Pierre Mauclerc, sa femme, descendante directe du comte Alain (dit de Richmond), second fils du comte Etienne, en était la réelle détentrice. C’est ainsi que Henri 1er d’Avaugour et ses descendants directs masculins ne purent conserver qu’Avaugour, soit le château et le domaine sur la rive droite du Trieux. En 1334, Jeanne de Bretagne, fille de Guy de Bretagne (mort en 1331) qui avait reçu en apanage le Trégor et le Penthièvre de son frère ainé le duc Jean III, et de Jeanne d’Avaugour (morte en 1327), hérita des domaines et châteaux dont Avaugour de son grand-père maternel, Henri III d’Avaugour (mort en 1334).
A gauche : armoiries de Guy d’Avaugour- Statuts de l’Ordre du Croissant
A droite : blason de François Ier (de Bretagne) d’Avaugour (1462-1510), avec en son centre les armes de la famille d’argent au chef de gueules.
En 1341, elle hérita du duché de Bretagne de son oncle paternel. En 1365, lors du premier traité de Guérande, elle perdait le duché, mais conservait tous les domaines des Avaugour, et tous les biens de son père. Elle porta alors le titre de duchesse de Bretagne et comtesse de Penthièvre. En 1420, ses petits-enfants se révoltèrent contre le duc Jean V et perdirent tous leurs biens en Bretagne. Le fils cadet de Jean V, Pierre reçut en apanage les domaines ducaux de Guingamp et de Châteaulin. Devenu duc de Bretagne en 1450, Pierre II donna à son neveu, en 1458 Jean de Laval, des châtellenies trégoroises, dont l’emplacement et la motte féodale d’Avaugour. En 1480, le duc François II érigea la seigneurie d’Avaugour en baronnie des Etats, en faveur de son fils bâtard François. Cette baronnie couvrait le Goëlo, soit les trois châtellenies de Châtelaudren, de Lanvollon et de Paimpol, et dans le Trégor, les châtellenies de La Roche-Derrien et de Châteaulin-sur-Trieux détachées du comté de Guingamp. Au XVIIe siècle, la seigneurie d’Avaugour s’étendait sur les paroisses de Plésidy et de Saint-Fiacre, mais n’appartenait pas aux barons d’Avaugour, mais à la descendance de Jean de Laval, soit les comtes de Laval, dont les biens furent absorbés par mariage par les ducs de La Trémoille.
En 1637, Avaugour se trouvait entre les mains des Goyon, puis en 1710 des Durfort, ducs de Lorges-Quintin, puis suite au mariage de Guyonne de Durfort avec Renaud César Louis de Choiseul, duc de Praslin, entre les mains des Choiseul. Paul Chardin, en 1894, décrivit l’emplacement où se trouve encore les vestiges du château d’Avaugour : « si l’on descend une prairie que domine la chapelle, on arrive, après avoir traversé l’air d’une petite ferme, sur le plateau d’un monticule, sorte de promontoire qui s’élève à pic au-dessus de la vallée du Trieux. La lande qui le couvre laisse voir, parmi des touffes d’ajoncs et de pruniers sauvages, des levées de terre de formes variées, les uns longues et droites, les autres carrées et circulaires. C’est là que s’élevait au XIII e siècle le château d’Avaugour ».
Selon cet auteur, les murailles de la place forte se conforment entièrement à la topographie du terrain. Le monticule escarpé, d’une hauteur d’environ 20 mètres, s’avance sur en éperon dans la vallée, et a pour défense, à l’ouest le Trieux, au sud un étang. Pour Paul Chardin, la place forte, reposant sur un plateau, avait une forme de triangle. Il y a vu des traces de construction, assez épaisses. En 1702, l’acte érigeant le comté de Quintin en duché mentionna la motte (féodale) et l’emplacement du château d’Avaugour. Une question se pose : quand fut détruit le château d’Avaugour ?
Guingamp
En 1294, la maison de Rennes représentée par Henri d’Avaugour n’avait plus depuis presqu’un siècle, le château majeur de Guingamp, alors entre les mains des ducs de Bretagne, qui ainsi contrôlaient à la fois une grande partie du Trégor, mais aussi la circulation sur le Trieux.
Dans son remarquable livre intitulé « Trégor, Goëlo, Penthièvre : Le pouvoir des Comtes de Bretagne du XIe au XIIIe siècle », Stéphane Morin évoque souvent les origines médiévales de Guingamp. L’enquête de 1235 réalisée par les agents du roi de France au profit d’Henri d’Avaugour, grand-père du Henri de 1294, rapporte que le comte Etienne (de Bretagne) « donna (en 1123) Lamballe à son fils aîné Geoffroy Boterel II, Richmond au cadet Alain, le benjamin, Henri, restant auprès de son père à Guingamp ». Alain, dit le Noir, seigneur de Richmond en Angleterre, aurait profité du jeune âge d’Henri pour s’emparer de Guingamp et du Trégor. Il est possible que ce dernier aurait repris Guingamp avant la mort d’Alain le Noir en 1146. On peut le penser car il confessa avoir eu peu avant son mariage (en 1151) une maîtresse qu’il avait installée vers 1142-1143 dans l’abbaye de Sainte-Croix de Guingamp.
Toutefois, Conan IV, duc de Bretagne, fils d’Alain le Noir, après son abdication en 1166, s’était retiré à Guingamp, ce qui signifie que son oncle avait dû quitter la cité sans pouvoir rien dire car Conan IV avait abdiqué en faveur de sa fille, Constance, épouse de Geoffroy, fils du plus puissant souverain de l’Occident chrétien, Henri II Plantagenêt. A la mort de Geoffroy en 1186, Alain (mort en 1212), fils d’Henri (qui lui était mort en 1183), parait avoir repris Guingamp, conformément aux usages de sa famille qui avait adopté la succession par primogéniture masculine. Sa cousine, Constance, pourtant duchesse de Bretagne, ne dit rien.
Il est vrai qu’elle connaissait bien des déboires avec sa belle-famille. Cependant, un acte de mars 1214 atteste que la duchesse Alix de Bretagne, fille de la duchesse Constance, et épouse de Pierre Mauclerc, intervient à Lamballe et à Guingamp. Guingamp appartenait donc aux ducs de Bretagne. La structure de la principauté du comte Henri changea même d’appellation.
Selon un acte de l’évêque de Tréguier daté de 1151, « le château de Guingamp (Wengampum), la châtellenie de Guingamp (Wengampensis) et le diocèse de Tréguier (Trecorensis) » étaient dissociées. La forme Trecoria qui donne le Trégor apparut seulement au XIIIe siècle, soit avec les ducs de Bretagne de la maison de Dreux. En 1224, Pierre Mauclerc, qui se titrait comte de Bretagne, avait un sénéchal à Guingamp. En janvier 1236, la fille d’Alix et de Pierre Mauclerc, Yolande, épousa Hugues de Lusignan, comte de Marche et reçut en dot la seigneurie de Guingamp. A sa mort, Guingamp revint entre les mains de son neveu, le duc de Bretagne.
En 1317, par un acte ratifié en personne à Paris par le roi de France, Philippe Le Long, Jean III, duc de Bretagne, reprit à son frère cadet, Guy de Bretagne, la vicomté de Limoges qui lui venait en héritage de leur mère et lui donna en échange la terre de Penthièvre, le château et la châtellenie de Minibriac, la ville de Guingamp (sauf la justice du duc sur ses sujets des châtellenie et ville de Guingamp), les villes et châtellenies de Pontrieux et de La Roche-Derrien, et la saline de Saint-Gildas, d’une valeur de 8 000 livres de rente annuelle. En 1330, Guy de Bretagne mourut à Nigon, près de Paris, et fut inhumé dans le tombeau de son épouse, au sein du couvent des Frères mineurs de Guingamp (soit les Cordeliers) qu’il avait fondé. Sa fille, Jeanne de Penthièvre, hérita de tous ses biens. Dix ans plus tard, elle était duchesse de Bretagne et fit de Guingamp le siège de sa cour. En 1343, elle donna en viager à son époux une grande partie de ses biens bretons, dont Guingamp. Le couple ducal est attesté à Guingamp en 1342, 1345, 1355, 1359, 1361, 1362 et 1364.
Après la mort de son époux à Auray, Jeanne, duchesse de Bretagne et comtesse de Penthièvre, résida à Guingamp en 1370, 1376 et 1378. En 1420, ses descendants, les Blois-Penthièvre, qui s’étaient révoltés contre le duc Jean V, perdirent tout, dont Guingamp qui fut donné le 12 septembre 1421 par Jean V à son fils cadet Pierre de Bretagne. Pierre devint le duc Pierre II de Bretagne. A sa mort, en 1457, sa veuve, la riche Françoise d’Amboise obtint en douaire Guingamp, Bourbriac, Châteaulin-sur-Trieux et La Roche-Derrien. À sa mort, en 1485, Guingamp retourna entre les mains de la Couronne ducale. En 1536, le roi de France, Henri II, restitua à Jean IV de Brosse, héritiers des Penthièvre, tous les biens de ses ancêtres, dont Guingamp où il s’installa en 1563.
Guingamp passe alors à sa neveu Sébastien de Luxembourg, duc et pair de Penthièvre et de là à son gendre, le duc de Mercœur, puis au gendre de ce dernier, le duc de Vendôme. Louis XIV s’empara en 1697 du Penthièvre et de Guingamp pour les octroyer à son fils légitimé, le comte de Toulouse, qui les transmit à son fils, le richissime duc de Penthièvre. A la Restauration, le petit-fils de ce dernier, le futur roi Louis-Philippe, retrouva la possession des biens de son grand-père et fut le dernier propriétaire privé du château de Guingamp.

Les fouilles de cette place-forte ont mis à jour « les vestiges de trois aménagements successifs, sur près de 2 hectares. Le château apparait pour la première fois dans un acte de 1123 sous le nom de motte du comte. Laurent Beuchet mentionne que « l’enceinte apparaît très structurée dès l’origine et ne semble pas avoir subi de transformations majeures. Elle est ceinturée par un rempart dont la largeur peut être évaluée à 6 m environ ».
Sa description atteste qu’à l’est de l’accès à l’enceinte se trouvait sans doute une enceinte plus vaste enclosant le premier noyau urbain de Guingamp, mentionné en 1123 sous le nom de Castri guingampi. L’entrée au château se faisait par une tour-porte. Dans la seconde moitié du XIIe siècle fut édifiée, après l’arasement du rempart et le comblement du fossé, une enceinte de type angevine (ou Plantagenêt nommé shells-keeps) « maçonnée, de plan polygonal irrégulier ». Le compte rendu de Rolland Le Lombart des paiements et dépenses faites en exécution du testament de Jean II (mort en 1305) en 1311 révèle le paiement à Merian, fil d’Yvon le Tailleur pour le « pour le retour d’une place mis ès douves de Guingamp, 6 livres 3 sous ».
La guerre de Succession de Bretagne (1341-1364) provoqua le renforcement des remparts de la ville sur ordre de Charles de Blois, duc de Bretagne. Il est vrai que la ville fut plusieurs fois assiégée, prise et même pillée, comme en 1343 par les Anglais. En 1420, après le rapt de son mari, le duc Jean V, Jeanne de France ordonna la destruction du château de Guingamp, ce qui fut fait. Leur fils, Pierre, seigneur de Guingamp, entreprit la reconstruction du château, après 1443, soit après que son frère aîné, le duc François Ier, l’autorisa à faire « emparement de la ville et chasteau et forteresse et tout aultre édiffice qu’il voyra a faire ».
Des Pont-levis à Guingamp ?
Le plan choisit fut, d’après Laurent Beuchet dans son rapport de fouilles : « un carré de 36 m de côté, cantonné de quatre tours orientées sur les points cardinaux … La courtine sud-ouest est conservée sur une hauteur de 8 m. Une porte, large de 1,22 m, s’ouvre au centre de la courtine … La base de la porte et son seuil sont soulignés par un encadrement en saillie qui conserve les deux crapaudines d’un pont-levis. Cette porte qui s’ouvre aujourd’hui sur le vide apparaît dans un procès-verbal dressé après les guerres de la Ligue. Ce pont-levis était levé au moyen de « pettites cheynes », doté d’une herse en bois » … « Le château est cantonné de quatre tours de plan circulaire à l’extérieur et octogonal à l’intérieur. Leur diamètre est de 13 m et l’épaisseur des murs, renforcée par un talus, atteint 4,50 m à la base et 3,80 m au rez-de-cour … Ce château neuf constitue un programme architectural homogène, adapté au développement de l’artillerie à poudre…. À partir de 1447, la communauté de ville fait édifier de nouveaux remparts financés par une taille d’un montant de 1 500 livres et d’un droit de billot. Sur la base des anciennes murailles, l’enceinte urbaine est progressivement restaurée sous la direction de Jean de Beuves. Cinq tours garnissent son enceinte, dont trois sont adaptées à l’usage de l’artillerie ».
« La défense de cette puissante forteresse ducale était enfin renforcée sur la vallée du Trieux par un ouvrage avancé que la documentation historique, à défaut d′en livrer la forme, les caractéristiques et la localisation, mentionne sous le nom de « ravelin ». Si l′entrée principale de la forteresse, matérialisée, semble-t-il, par un simple passage charretier, et non par un châtelet, était probablement située du côté de la ville, au nord-ouest, une entrée secondaire était aménagée au droit de celle-ci, dans la courtine sud-ouest. Au centre de cette dernière, une porte ou poterne partiellement conservée en élévation présente ainsi deux crapaudines à la base des piédroits extérieurs, attestant par là-même l′existence d′un pont-levis qui commandait l′accès à l′ouvrage défensif en question. »
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Vocabulaire technique des forteresses et à droite, une des crapaudines d’un pont-levis citées par Laurent Beuchet dans son rapport de fouilles.
Laurent Beuchet montre encore que la construction engagée par Pierre de Bretagne ne fut jamais achevée, surtout les parties hautes du château. Le château de Pierre II de Bretagne fut démantelé en 1626, sur l’ordre du cardinal de Richelieu (1624-1642) pour punir le fils bâtard du roi Henri IV, César de Bourbon, duc de Vendôme, époux de la duchesse de Penthièvre, après sa participation à la conjuration du comte de Chalais (en 1646). Les bourgeois de Guingamp obtinrent des autorités royales que les tours furent arasées à la hauteur des fortifications de la ville et non à ras de terre. En 1651, Louis XIV dédommagea pour ses pertes son cousin le duc de Vendôme. En 1675, les fortifications de Guingamp furent rétablies. Le chevalier de Fréminville raconte dans les Antiquités de Bretagne, publié en 1837, que le rempart de la ville de Guingamp était « garni d’un fort revêtement en pierres de taille, bordé d’un parapet à créneaux et machicoulis, et flanqué de plusieurs tours rondes : le tout était environné d’;un fossé » Il atteste qu’il existait alors six tours, celles de Saint-Sauveur, de Traouzach, de Luduec, du Champ-du-Roi au Mauroy, de Toulquellenic ou de Trotrieux qui voisine avec le Trieux, de la Fontaine ; et cinq portes, celle de Rennes, de Tréguier, de Montbareil ou de la Fontaine, de Saint-Michel, de Toulquellenic, uniquement piétonnière. Le chevalier de Fréminville mentionne encore que : « La porte de Rennes (la porte principale de la ville), était une grande arcade ogive, percée dans la courtine qui unissait ses tours de défense, lesquelles étaient rondes et couronnées de créneaux. Elle était fermée par un pont-levis. Le chevalier de Fréminville raconte qu’elle était protégée par une fortification secondaire, un ravelin, datant du règne de François II de Bretagne (1457-1488). Les autres portes étaient celle de la Fontaine ou de Montbareil ; celle de Tréguier, flanquée de deux tours surmontées de tourelles ; celle de Brest ou de Saint- Michel, protégée par la vallée du Trieux, qui était une voûte ogivale très-basse, percée dans une grosse tour à trois pans. Toutes ces portes étaient fermées de herses et de pont-levis permettant le franchissement des douves. La porte de Lockmikael ou de Brest fut démolie en 1778. Celle de Rennes fut détruite en 1832 sur ordre du conseil municipal de Guingamp. Il ne reste rien de la porte de Tréguier, détruite aussi au XIXe siècle. On voit encore de nos jours les restes assez impressionnants des tours de Traouzac’h et de Saint-Sauveur. Il ne reste que la partie basse de la tour du Luduec, tout comme il ne reste qu’un fragment de la tour de la Fontaine.
Châteaulin-sur-Trieux
En 1034, le territoire et la place-forte Castellum super Triticum appartenaient à Eudes de Rennes, fils cadet du duc Geoffroy. Comme Guingamp, et une grande partie du Trégor, les ducs de Bretagne du XIIIe siècle s’en emparèrent. Le duc Jean III les octroya en apanage à son frère cadet Guy qui en 1327 donna une rente de 2 000 livres sur ses châtellenies de La Roche-Derrien et de Châteaulin-sur-Trieux à son « bon et loial amy », Henri d’Avaugour, seigneur de Goëlo et de Mayenne, et à ses héritiers, en l’occurrence l’épouse de Guy, Jeanne d’Avaugour.
Le 13 juin 1342, Charles de Blois, duc de Bretagne, et Jeanne de Bretagne, duchesse, fille et héritière de feu Guy de Bretagne, jadis comte de Penthièvre, donnèrent à Antoine Doria, pour ses services pendant la guerre en Bretagne, tous les droits qu’ils avaient sur le château et la châtellenie de Châteaulin-sur-Treff, sur les biens confisqués à Eon de Trésiguidy, chevalier, soit le château de Brélidy, et toute sa terre dans le diocèse de Tréguier, dans les paroisses de ?Ploëzal et de Plouëc, et dans la ville de Pontrieux. Au dos de l’acte est mentionné : « lettres pour messire Bertrand du Guesclin au château de Châteaulin ». L’année suivante, les soldats d’Edouard III d’Angleterre, pillèrent le château de Châteaulin-sur-Trieux. En 1345, le comte de Northampton, lieutenant général du roi d’Angleterre en Bretagne, prit à nouveau le château pour le compte de Jean de Montfort (le futur le duc Jean IV), et l’incendia. Les habitants, qui voulaient plus de sécurité et se rapprocher d’un endroit où le Trieux devenait nettement plus navigable, rebâtirent leurs habitations plus au Nord-Est, en utilisant les deux rives du Trieux, qu’ils relièrent par un pont. La nouvelle agglomération prit alors le nom de Pontrieux. En 1369, le vicomte de Rohan reprit Châteaulin-sur-Trieux. Châteaulin-sur-Trieux avec Pontrieux revinrent à la Couronne ducale. En 1380, le capitaine de Châteaulin-sur-Trieux était le chevalier de Kermellec. L’année suivante, le duc Jean IV céda à Jeanne de Rais ses châtellenies de Châteaulin-sur-Trieux, dans l’évêché de Tréguier, de Rosporden et Fouesnant, dans l’évêché de Cornouaille, en échange de sa grande et riche seigneurie de Retz, ce qui permit au duc de contrôler tout le sud de son comté de Nantes. Cette donation ne tint pas car en 1387, le connétable de France, Olivier de Clisson, pour le compte de son gendre, le comte de Penthièvre, enleva le château au duc Jean IV. En 1393, Jean IV avait repris Châteaulin et le restitua en 1410 aux Penthièvre. Après le rapt de Jean V en 1420, les Penthièvre perdirent tous leurs biens bretons, dont Châteaulin-sur-Trieux. Le 27 octobre 1481, le duc François IIoctroya à son fils légitimé François de Bretagne, Châteaulin-sur-Trieux qui fit réparer le château, en vain, car ce dernier fut détruit par les troupes du vicomte de Rohan en 1488. Le bourg de Châteaulin-sur-Trieux, du moins ce qu’il en restait, prit alors le nom de Ploeuc. La seigneurie de Châteaulin-sur-Trieux, qui n’avait plus de place-forte, avait juridiction sur les paroisses de Ploëzal, de Plouëc, de Runan, de Pleubian et de Kerbors. Jean IIII de Brosse, comte de Penthièvre, qui avait retrouvé son héritage, s’arrangea en 1537 avec son nouveau beau-frère, François de Bretagne, futur comte de Vertus et seigneur de Clisson, en lui laissant Châteaulin. A la mort en 1746 d’Henri-François de Bretagne, comte de Vertus, tous ses biens passèrent à ses cousins, les très riches princes de Rohan-Soubise qui possédaient encore à la veille de la Révolution Châteaulin-sur-Trieux, tandis que Pontrieux appartenait aux Fleuriot de Langle. En effet, lors de l’échange de 1537, Jean III conserva pour lui la lucrative Pontrieux qui était devenue une cité. Sa fille, Isabeau de Brosse, épouse de Jean IV de Rieux, comte d’Harcourt et d’Aumale, l’obtint en héritage. Leur fille, Claude de Rieux, épouse en 1548 de François de Coligny, l’échangea avec Louis d’Acigné, seigneur de Grandbois et de La Roche- Jagu, contre d’autres terres. En 1736, le duc de Richelieu, héritier des Acigné, vendit sa vicomté de Pontrieux-Frynaudour-Quemper-Guézennec à Jean Sébastien Fleuriot de Langle.
Botloy
En 1294, selon le Livre des Ostz, Pierre Tournemine devait deux chevaliers d’ost pour sa terre de Bolloy ou de Botloy et de Tréguier. Il détenait deux places-fortes sur le Trieux. Le premier, le château ou motte féodale de Botloy se situe dans la commune de Pleudaniel. Il n’existe plus depuis 1592, soit depuis l’époque de la Ligue. Il avait été bâti sur un promontoire dominant la rive gauche du Trieux, à plus de 30 mètres au-dessus de la rivière. Sur cette motte de 9 mètres de haut, se trouvait un donjon de 7 mètres de large et de 8 mètres de largueur. J’ai pensé assez longtemps que le second château était le château de Lézardrieux, place-forte composé d’une motte féodale et d’une basse-cour dominant le port actuel de Lézardrieux, sur la rive gauche du Trieux, non loin de l’embouchure du fleuve. Je l’ai pensé car ces deux châteaux étaient les centres de la châtellenie de Botlo-Lezardré, seigneurie qui s’étendait entre les estuaires du Trieux et du Jaudy, et avait juridiction sur cinq paroisses (Ploëzal, Pommerit-Jaudy, Hengoat, Pleudaniel, Pleumeur-Gautier). La mention de la terre de Tréguier indique qu’il s’agit d’un autre château, très certainement Barach, dans la paroisse de Louannec. Les Tournemine obtinrent ses fiefs dans le Trégor, contrôlant l’aval du Trieux jusqu’à son embouchure, grâce à un mariage. Dans la seconde moitié du XII e siècle, Guillaume Tournemine serait venu d’Angleterre en Bretagne avec le roi d’Angleterre, Henri II Plantagenêt. La sœur du duc Conan IV tomba sous son charme. Constance se maria avec lui et reçut en dot une partie du comté de Guingamp que possédait Conan IV. Les Tournemine devinrent, surtout avec leur baronnie de La Hunaudaye, parmi les plus grands féodaux du duché. Le lignage s’éteignit au XVIIIe siècle. Mais à cette époque, Botloy n’était plus entre les mains d’un Tournemine, mais entre ceux d’une des plus grandes dames du royaume de France, la maréchale du Châtelet, Marie-Catherine de Vignerot (1685-1760), fille du duc de Richelieu, qui hérita de sa mère des seigneuries de Botloy, de Lézardrieux et de La Roche-Jagu. Afin de payer ses créanciers, son héritier et neveu, le maréchal de Richelieu, en 1773, vendit ses très nombreux fiefs bretons. L’antique donjon de Botloy, qui protégeait, près de Pontrieux, l’entrée de la rivière du Trieux, fut acquis par le très riche Président du Parlement de Bretagne, René Le Prestre, comte de Châteaugiron.
Frinandour
Une autre terre de Tréguier est mentionnée en 1294. Elle appartient à la dame de Kergorlay. Ce fief correspond à la vicomté de Frinandour-Quimper-Guezennec qui s’étendait, selon une vente de Claude de Rieux en 1554, sur les paroisses et trêves de Quemper-Guezennec, Le Faouët, Lanmodez, Pommerit-le-vicomte, Saint-Clet, Saint-Gilles-les-Bois, Tréverrec. Son centre était le château de Frinandour (qui signifierait le nez-dans-l’eau) au confluent du Leff et du Trieux, en face exactement du premier château de La Roche-Jagu, et à proximité de la voie antique de Paimpol à Pontrieux. Nicole Chouteau, dans son article sur la vicomté de Frinandour, mentionne que les ruines du château de Frinandour sont situées sur un promontoire au pied duquel se joignent les rivières du Leff et du Trieux. « La configuration des anciens murs donne une espèce de triangle de 50 à 60 mètres de côté, parallèle au cours des deux rivières, le troisième côté faisant face à la terre ferme défendu par une profonde tranchée… Deux tours défendaient aussi l’angle du château qui s’avançait entre les deux rivières ». En 1835, le chevalier de Fréminville dans ses Antiquités de Bretagne décrivait ainsi la place-forte : « ce château m’offrit sur un plan trapézoïdal une enceinte d’épais remparts en pierre de taille. Au côté méridional du trapèze était la porte d’entrée défendue par deux grosses tours rondes, alors rasées au niveau du sol. Au côté opposé, celui qui donne sur le confluent des deux rivières, étaient deux autres fortes tours rondes, encore debout jusqu’en entier. Au rez-de-chaussée d’une des tours, j’entrai dans une grande salle octogonale voûtée en pierre et dont la voûte était à arêtes et à cul-de-lampe. Cette salle n’était éclairée que par une seule fenêtre longue et étroite enfoncée dans l’épaisseur de la muraille ». Le château fut détruit complètement en 1884 pour construire à proximité le viaduc encore en activité aujourd’hui.
L’origine de la seigneurie est assez obscure. Elle serait entrée dans la maison de Kergorlay par le mariage de Pierre de Kergorlay, un cadet de la maison vicomtale de Poher, avec Marguerite, fille du comte Etienne de Bretagne (de la maison de Rennes). Cependant, l’acte de 1137 sur lequel s’appuie l’existence de cette alliance est sujet à caution. C’est une copie de 1722 qui est issu d’une généalogie manuscrite de Kergorlay. Ce document aurait servi à justifier l’ancienneté très lointaine de cette famille, devenue une des plus importantes du royaume de France, ainsi que ses prétentions à des alliances avec la maison ducale de Bretagne. Ces prétentions étaient réelles mais si lointaines que les détails en avaient été oubliés. Cette dame de Kergorlay de 1294, Alix d’Avaugour, serait en fait sœur d’Henri II d’Avaugour, le plus important vassal du duc en 1294. La vicomté de Frinandour constituerait sa part d’héritage.
Un acte plus authentique de 1362, fait devant la cour de Guingamp, mentionne que Jean, seigneur de Kergorlay, donna en douaire à son épouse les château et forteresse de Frinandour, avec toutes leurs dépendances et tous ses biens dans le Goëlo.
Périer
Le fief du seigneur du Périer, riverain du Trieux, était d’importance puisqu’il devait fournir au duc de Bretagne en 1294 un chevalier d’Ost. Il s’étendait au nord de Guingamp, entre le Jaudy, le Trieux, sur les territoires de Kermoroc, Squiffiec, Plouisy, Saint-Michel, Saint-Laurent, Trégonneau, Guénézan (en Bégard), Saint-Novez (en Bégard) et Landebaëron. Son centre était la motte féodale du Périer ou du Vieux-Périer ou encore Poirier, dans la trêve de Squiffiec appartenant à la paroisse de Kermoroc’h ; une motte imposante, dominant la vallée du Poirier à l’ouest et le plateau trégorrois. Le château du Périer fut assiégé et pris en 1393 par Olivier de Clisson, connétable de France, qui, après avoir pris cette place, la fit démolir en représailles de la destruction de la Roche-Derrien par le duc de Bretagne, tenue par le vicomte de Coëtmen pour le compte de Clisson. Un seigneur du Périer fut au début du XIVe siècle le tuteur, lors de sa minorité, de Jeanne de Penthièvre. Son fils hérita de la grande seigneurie de Quintin qui devint au XVe siècle une baronnie des Etats. La très riche dernière héritière des Périer transmit à son fils, Guy XVI, comte de Laval, ses nombreux fiefs. Ce dernier donna la seigneurie du Perier à l’aînée des enfants de son second mariage, Marguerite de Laval qui, en 1529, épousa Louis V de Rohan-Guéméné. Charlotte de Rohan (1661-1754) la transmit à sa descendance issue de son mariage avec le comte de Pons. Quelques années avant la Révolution, le vicomte de Pons et la duchesse de la Vauguyon, née Rosalie de Pons, étaient en litige avec les héritiers du sieur Trévenal, fermier général du Penthièvre au sujet de l’héritage de la seigneurie du Poirier.
La Roche-Jagu
Au nord de Poirer, toujours dans l’évêché de Tréguier, relevant aussi du comté de Guingamp se situait la seigneurie de Richard de La Roche-Jagu qui devait un demi-chevalier au duc de Bretagne en 1294 pour son fief de Ploëzal. Le centre de cette terre n’est pas le célèbre manoir de La Roche-Jagu, construit au XV e siècle, dominant le Trieux, mais la motte féodale, toute proche de Coz-Lan, sur la rive gauche du Trieux. Selon René Couffon, « elle daterait du XI e siècle et est située à proximité de la ferme de Kerprigent (du nom du père de Richard, Prigent). C’est une vaste enceinte, aujourd’hui recouverte de broussailles et d’arbres, de 80 à 100 mètres de diamètre avec douves. L’accès se fait par un chemin parallèle à la route de Pontrieux à Pleudaniel ». Aujourd’hui, ce chemin est impraticable. Avec Frinandour, sur la rive opposée, elle formait une tour jumelle qui contrôlait la confluence du Trieux et de la Leff.
Le château porte le nom d’un certain Jagu dont le fils Riou fut un proche du comte Etienne (de Bretagne). Toujours selon René Couffon, Jeanne du Périer serait la dame de La Roche-Jagu en 1260. Elle aurait transmis sa seigneurie à sa fille Constance de Quelen, épouse de Prigent de La Roche-Jagu, les parents de Richard. La seigneurie de La Roche-Jagu pourrait avoir été détachée de la seigneurie du Périer, ce qui expliquerait le demi-chevalier du et la mention de Richard de La Roche-Jagu après l’aveu du seigneur du Périer. En 1341, au début de la guerre de Succession, les seigneurs de la Roche Jagu, Henri du Parc et sa femme Catherine de Troguindy prirent parti pour Charles de Blois. En 1393, le château revint, à défaut d’héritiers, au domaine ducal. Le château primitif fut pris en 1394 par le connétable de Clisson, qui le rendit par la suite au duc. Entre 1405 et 1420 le château de la Roche-Jagu fut reconstruit sur les vestiges de l’ancienne forteresse. Les travaux se terminèrent difficilement peu avant la mort de Catherine de Troguindy en 1418 car Marguerite de Clisson, comtesse de Penthièvre et dame de Guingamp, châtelaine de la forteresse voisine de Châteaulin-sur-Trieux, s’opposa à la reconstruction du château. Elle fit même prisonnier les ouvriers du chantier. Il faudra l’intervention du duc Jean V pour les libérer. Au nord de l’édifice, un chemin de ronde fut ajouté par Pierre Péan, lieutenant général du duc pour l’évêché de Tréguier en 1486.
En 1494, le domaine passa, par alliance, à la famille d’Acigné. Fin 1591, le château fut pris par les Ligueurs et démantelé par le duc de Mercœur. En 1673, mourut à la Roche-Jagu, Honorat Auguste d’Acigné, vicomte de Quemper-Guézennec, de Pontrieux, de Frinandour et baron de la Roche-Jagu. Sa petite-fille, Anne Marguerite, très riche héritière, épousa en 1684 Louis Armand du Plessis, duc de Richelieu, neveu du Cardinal. En 1773, le duc de Richelieu, possesseur du château de la Roche-Jagu, le vendit au riche conseiller au parlement de Bretagne, M. Le Gonidec de Tressan. En 1899, les vicomtes d’Alès en devinrent propriétaires. Le 9 avril 1958 le vicomte d’Alès le donna au département des Côtes-du-Nord.
Et d’autres châteaux ?
Jamais les localités ou fiefs qui suivent la mention de La Roche-Jagu dans le Livre des Ozts de 1294 n’ont eu droit à une étude historique, peut-être parce qu’ils sont difficiles, voire impossible à identifier. Il s’agit de La Ville-Robert, qui doit un écuyer d’Ost tout comme la Ville-Loys et la Ville Courent et Moredre. Il s’agit aussi des tenues de Lesluet, de Launoi-Morvan et Karadeuc et Au Falcon qui doivent ensemble un demi-chevalier d’Ost pour leurs biens dans la paroisse de Ploëzal, complétant peut-être ainsi le demi-chevalier du par Richard de La Roche-Jagu pour son fief dans la même paroisse. Pour l’instant, ni la Ville Robert, ni la Ville Lys et la Ville Courant et Moredre n’ont été reconnus. Tenues, signifiant une tenure et La Ville dont le nom évoque le terme latin villa peuvent faire référence à une exploitation agricole, mais aussi à une terre confiée par un seigneur à un vassal. Si nous faisons confiance à l’organisation géographique des officiers ducaux dans cette montre de 1294, il est possible que ces lieux se situent entre La Roche-Derrien et la paroisse de Ploëzal, soit dans un carré délimité à l’est par le Jaudy, à l’ouest par le Trieux, au nord par les terres des Tournemine et au sud par la seigneurie du Périer. Ces terres ont soit disparu, soit ont vu leurs dénominations fortement modifiées. Pourtant, l’indication donnée de la paroisse de Ploëzal permet de reconnaître dans Lesluet, Leslec’h en Ploëzal où se trouvait une enceinte fortifiée, à proximité du Trieux ; dans Launoi-Morvan, la petite seigneurie de Launay-Monteville. La tenue Karadeuc et la tenue Au Falcon (Au Faucon, démontrant un site stratégique) ne sont pas identifiées. Pour nous aider, il faut mentionner que la paroisse de Ploëzal comprenait de nombreuses et petites seigneuries. Les vestiges castraux sont tout aussi denses. En fait, on ne sait presque rien d’eux, à part qu’ils avaient des fonctions militaires importantes.
Force est donc de constater l’importance du Trieux qui fut particulièrement bien protégée car ce fleuve côtier, axe commercial de première importance en Bretagne, suscita bien des convoitises. Ce n’est pas pour rien que les plus grands noms de la féodalité bretonne s’y implantèrent et que leurs héritières épousèrent des ducs et pairs du royaume de France.
Plan de la ville close de Guingamp en 1698. Acquisition 2013 Archives départementales.
Dessin de Marc du Rufflay faisant partie d’une série d’esquisses représentant les possessions du duc de Penthièvre à la fin du XVIIe siècle, et notamment Lamballe, Moncontour et la Roche-Suhart.
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Sources illustrations : Les amis du patrimoine de Guingamp, Archives départementales des Côtes d’Armor.









