Fernand Trochel

Fernand Trochel

   Fernand Trochel, résistant (1919-2009)

Fernand_TrochelNé à Janzé, en Ille-et-Vilaine, le 1er août 1919, fils d’employé des Chemins de Fer, Fernand Trochel n’a que quelques mois lorsqu’il arrive à Guingamp. Sa prime jeunesse n’a rien de singulier si ce n’est qu’elle le conduit à l’école Saint-Léonard, dans la même ville. Tôt, Fernand s’intéresse à l’armurerie et les cycles, orientation lui valant de suivre un apprentissage chez M. Le Dû, rue Renan.

Le 4 septembre 1939, la guerre vient de débuter. Fernand, alors dans la marine au deuxième dépôt, à Brest, est affecté sur le Richelieu comme mécanicien spécialisé. Les événements se précipitent et c’est pour lui une suite d’activités inattendues. Quand les Allemands envahissent le nord de la France, il est sur un petit cargo transformé en câblier, à 20 milles de la côte, et son travail consiste à installer des écoutes sous-marines.

La percée de la Wehrmacht modifie les prévisions. Il est à Cherbourg, quand les bombardements ennemis font rage. Le voilà en mer et envoyé à Southampton, en Angleterre. Puis, c’est l’aventure : Liverpool, Casablanca, Dakar, Mers-el-Kébir. Le 15 août 1942, à Toulon, il est démobilisé. Le 2 septembre de la même année, il entre dans la Résistance :

« Arrivé à Guingamp, le commandant Branchoux, responsable de l’A.S., m’a demandé d’entrer dans la Résistance. J’ai immédiatement accepté. Je travaillais officiellement à l’usine Tanvez, à Pont-Ezer, comme apprenti ajusteur avec Yves Arhant, photographe, ciseleur, ajusteur et excellent peintre-dessinateur. C’était ma couverture.

M. Branchoux voulait que je sois agent de liaison. Comme je faisais beaucoup de vélo, il m’a été presque naturel de transmettre les messages par ce mode de locomotion. C’est de cette manière que j’ai été mêlé, directement, au réseau Oaktree, à Saint-Quay-Portrieux, en établissant des contacts avec Louis Menguy, de Saint-Barnabé, en Plourhan ; et Lucien David, de Binic.

Le 1er décembre 1943, je me suis vu parachuté dans le réseau Shelburn. Ma mission consistait à aller récupérer des aviateurs à la gare de Guingamp et à les amener chez Mme Laurent qui était infirmière, rue de l’Étang-du-Prieuré, ou chez M. Lanoë, minotier, rue Chateaubriand. J’allais aussi à Plouagat, chez Jean-Marie Le Sommier, cultivateur et hébergeur. »

Fernand Trochel, que tout le monde appelait « le cycliste », de 1943 à 1944, ne ménage pas sa peine. Toujours à vélo, et quasiment tous les jours, il sillonne un vaste secteur transportant sur lui des messages destinés à Plouha ou aux maquis de Plésidy, Duault, Plouisy et Squiffiec.

« Chaque jour, je faisais pas loin de 150 kilomètres. J’étais sur les routes et quand les Allemands m’arrêtaient -cela est arrivé plusieurs fois- pour me contrôler, je leur disais que je m’entraînais. Jamais, ils ne se sont doutés du contraire. La chance était de mon côté. »

Fernand transportait parfois des armes, des postes émetteurs… et des pastilles de cyanure, au cas où… Son vélo est visible au musée de la résistance à St Connan, On peut voir, comment il dissimulait ses messages dans le pédalier !

Une fois, la Gestapo l’arrêta à Duault. Mais son sang-froid, son air si naturel de coureur cycliste à l’entraînement persuada celle-ci de sa bonne foi. En effet, le 12 juin 1944, il se rend à Duault avec Georges Le Cun pour constater les dégâts suite aux combats avec les allemands. En arrivant, ils trouvent le lieutenant Bothella et l’adjudant Lasserre grièvement blessés. Ils seront évacués sur Maël Pestivien au village de Crec’hariou. Fernand se rend à vélo à Callac prévenir le docteur Renan afin qu’il puisse faire le diagnostic. Aussitôt diagnostiqué, Georges Le Cun lui demande de retourner à Guingamp pour demander au chirurgien Rivoallan de venir opérer Lasserre à Maël Pestivien.

Il se rendait, souvent, à Plouha, en empruntant les routes secondaires et rencontrait François Le Cornec, Lucien Dumais (pseudos : Léon ou capitaine Harisson) :

«Je me souviens de la belle-mère de Le Cornec. Elle portait la coiffe. C’est dans le café qu’elle tenait que j’allais, tout d’abord. »

Puis, Fernand a participé à la libération de Plouha et est parti pour l’Angleterre, de l’anse Cochât, lors de la dernière opération d’évacuation :

« Je suis arrivé à Londres et je me suis engagé. À Guingamp et à Plouha, il était grand temps que ça se termine. Les Allemands étaient sur les dents et les risques de se faire piéger augmentaient.

C’était dur. Cette période m’a laissé de bons souvenirs. Elle m’a permis de connaître des gens merveilleux. Je n’avais pas l’impression d’être en danger et comme j’étais fatigué, après mes kilomètres, je dormais tranquille. »

 Après la Libération, en 1945, Fernand Trochel montera un commerce de cycles et d’électroménager. Et fondera une famille.

Il sera fait chevalier de la Légion d’honneur le 4 mai 1986.

Il est décédé le 8 mai 2009.

Par Jean-Paul ROLLAND

Sources :

  • La Bretagne au combat : Joseph Darcel
  • Les nuits de la liberté Alain Nédélec
  • Par les nuits les plus longues Roger Huguen.

Voir son vélo : clic ici

En savoir plus sur le réseau Shelburn : clic ici