Le manoir du Roudourou

Le manoir du Roudourou

Par M. Maëlwen DAREAU

Le Roudourou, l’un des quartiers les plus emblématiques de la ville et des plus connu à travers l’Europe par son stade de foot.

Mais le Roudourou, ne se limite pas au stade… Il existe un manoir bien isolé aujourd’hui, mais qui fut jadis riche en pleine campagne avant la construction du quartier. Ce monument a été rattrapé par le temps ! Image d’un passé lointain.

Avant cela, un petit retour aux origines du lieu : le roudourou ! En vieux breton, Rodoud, signifie « le gué ». En ce lieu trois ruisseaux se rejoignaient pour délimiter les communes de Guingamp, Grâces et Plouisy. Seul subsiste le petit ruisseau de Gourland.

Sur les hauteurs de ce quartier fut bâtit une ancienne et imposante bâtisse au XVIIe siècle. À cette époque, ce manoir dépendait de la paroisse de Saint Michel, elle-même trêve de Plouisy.

Le manoir, si l’on en croit la tradition, doit son origine au restaurateur du château de Kernabat en Plouisy, l’abbé Fleuriot de l’Angle ; ce manoir fut successivement la demeure des Feuriot, De Cornulier, Le Brun du Lojou, Aymonet de Contre-église, et de La Motte Houdancourt.

Le Roudourou fut habité pendant un mois en 1666 par le duc de Mazarin[1], beau-frère du Cardinal de Vendôme[2] ; il venait, dit-on, se remettre de ses déboires conjugaux dans le calme et la solitude du Roudourou.

André LE NOTRE[3] aurait conçu les plans de l’ancien manoir et des jardins. C’est dire l’importance de cette famille. Fermez les yeux, oubliez ce grand espace à l’herbe rare, et plongez-vous au XVIIe siècle en imaginant : un jardin avec ses talus taillés pour former un labyrinthe côté sud. On pouvait accéder à un potager grâce à un sentier entre deux buis taillés en boule. Au fond du parc, se trouvait une petite porte qui donnait accès à un chemin qui menait à Saint Michel. Aujourd’hui, le Centre de Loisirs du Roudourou occupe cet emplacement…

Le manoir était flanqué à chaque extrémité d’un gros pavillon et d’une tour. Le portail était un beau spécimen monumental de l’époque Henri IV donnant sur une cour spacieuse avec un décor soigné.

Selon des témoignages des années 1950, après avoir gravi un petit escalier en pierre, on accédait à un grand hall carrelé. De là, on pouvait descendre dans le sous-sol, qui conduisait à un souterrain… Un passage secret…

Mais laissons pour l’instant ce passage secret, et revenons à ce hall qui s’ouvrait sur un grand escalier en pierre et sur un couloir desservant la cuisine. L’étage était tout aussi spacieux, éclairé par de hautes fenêtres. Le sol était revêtu de planchers marquetés. Des petites cheminées rehaussées d’une coquille de Saint Jacques agrémentaient les pièces.

Le manoir avait aussi une belle chapelle dont un aveu de la Seigneurie du Roudourou indiquait que les  » vitres de ladite chapelle sont des plus belles qui soient en France. »

La ville racheta la demeure en 1953 à la famille Julienne. Dans les années 1980, l’abbé Raoul en occupa une pièce pour y enseigner le catéchisme. La fanfare de Saint Michel a également utilisé ce lieu pour ses répétitions…

Mais, revenons au passage secret ! On raconte qu’il y a un passage secret qui partirait à droite de l’escalier en descendant au sous-sol. Souvent, les habitants de châteaux, de manoirs construisaient des passages souterrains en cas d’attaques.

Il est dit que le passage secret du manoir du Roudourou se séparerait en trois chemins l’un allant vers la basilique, l’autre vers Kernabat, et le dernier vers Saint Léonard…Peut être un trésor y est encore caché ? Qui sait ?

Il ne reste aujourd’hui, qu’une maison principale de caractère, le parc et l’ancienne entrée, englobé dans l’urbanisation du quartier.

[1] Armand Charles de La Porte, marquis de La Meilleraye, duc de Mazarin. Administrateur français (1632-La Meilleraye 1713), fils du duc de La Meilleraye.

Grand maître de l’artillerie (1648), puis gouverneur d’Alsace (1661-1713), il épousa Hortense Mancini, nièce de Mazarin, qui le fit nommer duc de Mazarin et lui légua la majeure partie de ses biens (1661).

[2] Louis de Bourbon, duc de Vendôme, duc de Mercœur (1612), duc d’Étampes (1665), comte de Penthièvre (1665) et cardinal en 1667 ; petit-fils de Henri IV. Il est le fils de César de Vendôme et de Françoise de Lorraine ; il épouse en 1651 Laure Mancini (1636-1667) nièce de Jules Mazarin mieux connu sous l’appellation du cardinal Mazarin.  Celui-ci ramena ses nièces à la cour du roi Louis XIV dans l’espoir de leur faire contracter des mariages avantageux !

[3] Il est né le 12 mars 1613 à Paris où il meurt le 15 septembre 1700, fut jardinier du roi Louis XIV de 1645 à 1700 et eut notamment pour tâche de concevoir l’aménagement du parc et des jardins du château de Versailles, mais aussi ceux de Vaux-le-Vicomte (pour Nicolas Fouquet) et Chantilly.

Maëlwen DAREAU