L’hôpital des augustines 1676 – 1832

L’hôpital des augustines 1676 – 1832

En 1676, la situation devient donc de plus en plus critique : les bâtiments de la Délivrance sont insuffisants et vétustés, il n’y a pas de personnel suffisant et compétent… il y a urgence !

Or, à Tréguier, l’évêque vient de confier aux Chanoinesses Augustines de la Miséricorde [1] le soin de l’hôpital. La communauté de ville décide le 13 juin 1676 de demander au même ordre de se charger de l’hôtel-Dieu de Guingamp. Le contrat de fondation est signé le 9 juillet et soumis à l’approbation de Monseigneur Balthazar GRANGIER et de la supérieure des Augustines de Tréguier.

Où le construire ?

Il n’était certainement pas question de se maintenir à la Délivrance. Il fallait quelque chose de plus vaste, donc nécessairement hors les murs. On a vu grand :

«L’enclos est placé au levant de la ville, dans une position isolée de toutes autres habitations, il contient 5 hectares de superficie. Il est bordé :

  • – du  côté de la ville par le chemin des cantons et les douves des anciennes fortifications;
  • – du côté du midi par un passage inhabité conduisant à la rue de la Trinité et les jardins du Collège [2];
  • – du côté du levant par le chemin de Porz Anquen et les jardins de l’enclos St-Joseph; [3]
  • – et du nord par les murs et jardins de Montbareil.» [4]

Ce terrain avait été donné par le duc de Vendôme, seigneur de Guingamp, reconnu comme fondateur et qui se chargea aussi de la construction d’un «gros mur sans porte ni fenêtre» devant l’entrée de la chapelle «afin que le bruit ne trouble ni le service ni les prières.»

Les bâtiments.

plan 1828

La municipalité construisit le bâtiment de l’hospice proprement dit selon un plan dressé par un Carme, le frère Innocent-de-St-Pierre. C’était un simple rez de-chaussée recouvert d’un comble et formé de deux salles.
L’une, pour les hommes, avait 60 pieds de long (19,80m), l’autre, réservée aux femmes, 70 pieds (23,10m) «proportionnées en largeur pour y mettre, en chacune, deux rangées de lits.»

Cette construction coûta, à la ville, 12.000 livres.

Un hôtel-Dieu… pour qui ?

«Pour les pauvres malades», c’est à dire les malades qui sont pauvres…

Combien ?

Avec les deux rangées de lits on devait pouvoir héberger environ 25 hommes et 30 femmes, soit une cinquantaine au total.

Mais le nombre des pauvres admis «sera réglé par le gouverneur de l’hôpital et on ne pourra faire entrer ou sortir aucun pauvre que par son ordre et consentement».

Quels malades ?

Exclusivement «originaires ou établis dans la ville et ses faubourgs», aucun pauvre valide. Seront également exclus ceux qui ont «la peste, les écrouelles, mal caduc [5] ou de St-Méen, frénésie naturelle, vérole» et… les femmes près d’accoucher.

Au cas où il y aurait des lits vacants on pourrait admettre quelque malade en surplus sur demande de quelque personne charitable qui en assumerait les frais (80 livres par an et par malade).

Avec quelles ressources ?

«pour la nourriture et l’entretien des lits, draps, linceuls, chemises, coiffes et bonnets qui seront fournis aux pauvres, hommes et femmes, le gouverneur de l’hôpital paiera pour chacun 75 livres par an», ceci pour les dépenses afférentes au service des malades.

Comment la municipalité finance-t-elle l’hôtel-Dieu ?

La principale ressource reste le «rentier des pauvres». Dès sa création par Charles de Blois on avait affecté à l’entretien de l’hôtel-Dieu le montant des taxes levées lors de la foire des Indulgences Sainte Marie au début de juillet. [6]

De plus, la coutume, à l’époque, était, pour les notables et gens aisés, de faire des «donations» aux églises et aux hôpitaux, de leur vivant ou par testament. C’était œuvre pieuse. Ces fondations, réputées perpétuelles, étaient généralement des rentes sur des terres ou des maisons, payables en espèces ou en nature. Ces rentes, souvent modiques, étaient très nombreuses et leur recouvrement donnait lieu à de multiples tracas voire à des procès envers des héritiers négligents.

Mais ce n’est pas toujours le cas : certaines donations seront reconnues et payées pendant plus de trois siècles :

En 1417, à l’article 37 du rentier des pauvres de l’hôtel-Dieu, (attestation de François de la Grève) Monsieur Pinard de Cadolan donne annuellement «10 sols de monnoye» sur une maison et une terre à St-Nicolas.

Cette donation sera confirmée en 1688 par M. Gabriel Pinard, seigneur de Cadolan, paroisse de Ploumagoar, en présence d’Ollivier de Rocquancour, sieur de Keravel, gouverneur de l’hôpital et hôtel-Dieu.

En 1783, le 6 août, l’abbé de St-Germain, messire Louis-Philippe, seigneur de Cadolan, reconnaît devoir aux pauvres infirmes de l’hôtel-Dieu :

  1. Une rente foncière de 51 livres et 15 sols à la St-Michel pour une pièce de terre nommée le Clos ou Parc du Vally,
  2. Et toujours la même rente foncière de 10 sols payable à la St-Michel

Parmi les donateurs importants, relevons le nom de Jacques Le Brun, sieur de Kerprat, conseiller secrétaire du Roy en la Chancellerie de Bretagne, demeurant en sa maison près et hors la porte de Rennes, qui fait un lègue par testament, en 1694, à l’hôpital général.

En cas de vente des biens ainsi affermés, le nouveau propriétaire doit continuer à verser la rente. Par exemple, en 1734, la ville achète une maison située «au haut-bout» de l’ancienne halle et la fait démolir pour faire une nouvelle place  [7]. Or cette maison était, depuis 1722, hypothéquée d’une rente foncière de 36 sols : la ville doit cette rente à l’hôpital.

D’autres fondations étaient plus précises comme la «création d’un lit à perpétuité pour un pauvre qui sera nourri et entretenu.»

En cas de «contagion», il était fait de surcroît appel à la charité.

A la Révolution, ces biens restèrent propriété de l’hôpital et on les retrouve dans les états dressés au début du XIXe siècle, lors de la reprise normale de l’activité hospitalière.

  • [1] L’ordre des chanoinesses « Augustine de la Miséricorde », fondée à Dieppr, essaima en Bretagne au XVIIe Elles s’installèrent dans 13 hôpitaux entre 1635 et 1673. Dès 1631, elles sont appelées à Quimper, à l’hôpital Ste-Catherine, pour y soigner les malades.  Elles construisirent à leurs frais leur logement dans l’enclos de l’hôpital. En 1654, quelques religieuses (quatre et une novice) de Quimper arrivent à Tréguier. Logées d’abord dans les bâtiments du vieil hôpital qu’elles aménagent, elles construiront, à partir de 1662, une chapelle et leur monastère.
  • [2] Cette description date de 1830 : le Collège était alors situé entre la rue de la Trinité et la rue St-Nicolas. Ce n’était pas le cas en 1676.
  • [3] Les Ursulines (installées à Guingamp en 1654) avaient, elles aussi, un vaste enclos qui s’étendait en partie sur le territoire régi par la municipalité de Guingamp et en par­tie sur celui du Prieur de la Trinité. Leur cha­pelle était dédiée à St-Joseph.
  • [4] ) Les dames de la charité, à partir de 1676, occupent tout l’espace compris entre les Cantons, la rue Montbareil, le Chemin de l’Aqueduc et le mur qui séparait leur jardin de celui des Augustines. C’était vraisembla­blement l’ancien enclos des Jacobins.
  • [5] «Mal caduc» ou de St Méen : il s’agit de l’épilepsie
  • [6] Cette «foire des indulgences» c’est ce que l’on appellera plus tard la fête patronale ou le Pardon de Guingamp.
  • [7] «Convenant» ou «domaine congéable» = mode très complexe de location de la terre propre à la plus grande partie de la basse Bretagne. Le propriétaire possède le sol mais le paysan possède les «superficies» : bâtiments, plan­tations, haies… ce qui lui donne droit, en cas d’éviction, à une indemnité.
  • [8] Jusqu’en 1790 la paroisse de Ploumagoar, très vaste, incluait St-Agathon et Pabu.
  • [9] Sur ces différents personnages de la famille Le Brun se reporter au bulletin n° 12 dans lequel Anaïg Soulabaille relate l’ascension sociale de cette famille bourgeoise aux XVII0 et XVIII » siècles).
  • [10] Gleds ou glés = pailles de seigle employées pour les toitures.
  • [11] Les mesures, sous l’ancien régime, variaient d’une seigneurie à l’autre.
  • [12] La ville vient de s’engager dans un vaste plan de remodelage du centre ville.