Découverte des Remparts

Découverte des Remparts

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SUR LES TRACES DE L’ENCEINTE MÉDIÉVALE DE PIERRE II

De ce magnifique et fier ensemble féodal que constituaient le château de Pierre II et l’enceinte médiévale de Guingamp qui mesurait 335 toises, soit actuellement près de 1626 mètres, avait la forme d’une demi circonférence et était jalonnée de 6 tours d’artillerie demi-rondes, de 4 portes et de 2 poternes, nous allons essayer de découvrir les vestiges qui sont parvenus heureusement jusqu’à nous. Le tracé de l’enceinte nous est connu grâce à différents plans conçus à partir du XVIIe siècle.

 DU CHÂTEAU DE PIERRE II A LA TOUR DE TRAOUZAC’H (de 1 à 8)

escalier VallyNous partons de la place du Vally (1) où nous pouvons admirer les importants vestiges du château-forteresse de Pierre II qui ont été déblayés et ouverts au public ainsi qu’aux touristes de passage à Guingamp.

escalier St Jacques

Nous descendons l’escalier de la place et nous nous dirigeons vers la place du Petit Vally où nous longeons le pied de la forteresse. Un escalier (l’Escalier Saint-Jacques(2)) a été ouvert en 1741 dans les remparts près de la tour sud-ouest pour faciliter l’accès des faubourgs de Trotrieux au centre ville. Les fortifications sont larges d’environ trois mètres à cet endroit.

trottrieuxNous nous dirigeons vers la rue du Trotrieux (3) où se trouve une importante portion des remparts. Nous pouvons imaginer pourquoi cet endroit était très difficile pour donner l’assaut de ce côté de la ville. Les soubassements des murs sont les vestiges des fortifications de  Charles de Blois, arasés par Jean V. Des corbeaux de pierre qui soutenaient le parapet crénelé sont encore visibles au sommet des remparts.

Nous arrivons au pied de la venelle du Moulin de la Ville qui s’ouvrait dans une poterne appelée aussi porte de Toulquellenic ou de Quincy (4), aujourd’hui disparue. Une grille en fer en fermait l’accès. Près de cette porte s’élevait l’unique tour carrée de l’enceinte (Tour de Toulquellinec (6)) , ce devait être plutôt un renforcement du rempart. Aucun vestige n’est actuellement visible à la surface du sol.

Porte des anglaisNous franchissons le pont de l’île du Moulin de la Ville où, du bord de la rive du Trieux, nous pouvons admirer une portion de rempart à l’Intérieur duquel existe encore une poterne dite « des Anglais » (5), seule ouverture encore existante de l’enceinte urbaine. C’est une arcade ogivale voûtée de 1,90 m de haut sur 1 m de large. On aperçoit les 4 gonds scellés dans le mur qui recevaient une grille de fer en défendant l’accès. Le rempart a plus de 3 mètres d’épaisseur à cet endroit. On rapporte que cette poterne tire son nom du siège de 1342 au cours duquel les Anglais auraient franchi les palissades de l’enceinte à cet endroit (d’après Nicolas Cozic  in Guingamp et son enceinte, tome 1. 1990).

Près de ce mur s’élevait la tour de Toulquellenic ou du Quincy (6). Elle était semi-ronde comme les autres tours de l’enceinte, à part celle de Traouzac’h (tour oblongue). Nous rejoignons les ponts Saint- Michel où s’élevait la porte de Lockmikael ou de Brest (7). Elle occupait le milieu de la rue des Ponts Saint- Michel. C’était une grosse tour à cinq pans, percée en son milieu d’une voûte ogivale très basse, ce qui lui a valu une démolition rapide en 1778. Les pierres servirent de matériaux pour remplacer le pont-levis de cette porte et le pont dormant.

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Nous suivons la rue de Traouzac’h où le rempart continuait jusqu’à la tour (de Traouzac’h (8)) du même nom qui défendait l’angle nord-ouest de l’enceinte et protégeait la porte de Brest, le château   en fermant l’angle sud-est. Elle est en forme de fer à cheval, comme nous pouvons encore le voir, mais sa base est à demi enfouie au niveau de la route. C’était une redoutable tour d’artillerie du XVe siècle.

 

 DE LA TOUR DE TRAOUZAC’H A LA PORTE DE TRÉGUIER (de 8 à 10)

 P1100964Nous tournons à droite et prenons la rue des Ecoles où quelques restes des remparts ne sont pas visibles de la rue. Nous arrivons à Saint-Sauveur (9)  où l’on aperçoit la tour du même nom qui occupait l’angle nord-ouest de l’enceinte. Elle a gardé, de chacun de ses côtés, une partie de ses courtines et leurs mâchicoulis. Le sommet de la tour et le parapet des remparts ont disparu. A la base de cette tour sont pratiqués deux orifices pour le passage des pièces d’artillerie. Il serait souhaitable que l’énorme fente qui se trouve au milieu de cette tour soit d’urgence colmatée afin d’en assurer le sauvetage. Cette tour bien représentative de l’enceinte urbaine de Guingamp est maintenant accessible et bien dégagée, n’attendant qu’une mise en valeur que nous espérons prochaine.

Nous continuons notre promenade historique et archéologique et nous arrivons à l’entrée de la rue des Carmélites où s’élevait l’importante porte des Carmélites ou de Tréguier (10). Aucun vestige n’est actuellement visible à la surface du sol. Cette porte est connue par un dessin de Fréminville.

C’était une grande ogive pratiquée au milieu de deux tours rondes de défense surmontées de deux petites tourelles chacune coiffée d’un toit en poivrière. A chacun des côtés des tours de défense, des orifices de passage des bouches à feu étaient pratiqués pour assurer la défense de cette porte. Il est regrettable que cette porte ait été, elle aussi, démolie au cours du XIXe siècle.

DE LA PORTE DE TREGUIER A LA PORTE DE RENNES (de 10 à 15)

 Nous continuons le long de la rue du maréchal Joffre où se trouvent quelques vestiges plus ou moins hauts des remparts. De la tour du Luduec (11) située face à la sous-préfecture, il ne reste que la partie basse actuellement servant de garage. Cette tour est englobée dans des habitations privées. De ce fait, elle n’est pratiquement plus visible, mais cela en a malgré tout évité la destruction complète. Nous arrivons rue de la Pompe. A cet endroit s’élevait la porte de Montbareil ou de la Pompe (12). Elle était percée à même la courtine – un bon exemple se voit encore à Vannes – des remparts de la ville. Elle ne possédait pas de tours de défense ce qui explique que, lors des sièges de Guingamp, l’assaut des assaillants se fit toujours de ce côté de la cité, le plus vulnérable.

Nous continuons le long de la rue du maréchal Joffre où se trouve dissimulé, derrière une station-service, un fragment de fortification où se rattache la tour de la Fontaine (13). Elle est maintenant coiffée d’un toit carré qui la défigure.

Lors d’une visite de l’association des Amis du pays de Guingamp, nous avons pu visiter grâce à l’aimable autorisation des propriétaires, la base de cette tour qui est encore voûtée et qui possède à chacun de ses côtés des canonnières. Un important morceau de rempart, large d’environ deux mètres, encore surmonté du chemin de ronde, subsiste sur l’un des côtés.

Sur la place du Champ au Roy se trouvait une importante portion des remparts dont aucun vestige n’est actuellement visible. A cet endroit existait la tour du champ Maurroy ou au roy(14). Elle tirait son origine du nom du propriétaire de l’endroit où elle fut élevée. Plus tard, le duc Pierre II ayant institué le papegault afin de constituer une compagnie d’archers d’élite, elle devint par déformation Champ-au-Roy, du nom du vainqueur désigné chaque année lors de ce concours de tir à l’arc. Cette tour, comme toutes les autres, était semi-ronde.

Nous arrivons place de Verdun où, vers le début de l’actuelle rue Notre-Dame, s’élevait à la hauteur de la venelle de l’Enfer, de la petite rue du Champ au Roy longeant l’ancien hôpital de la Délivrance créé par  Charles  de  Blois  et  de  l’ancienne  rue  des  Remparts,  l’importante  porte  de  Rennes (15).  Monument stupidement abattu en 1832 par une municipalité inconsciente et mercantile qui priva Guingamp d’un des plus beaux monuments bretons du Moyen-âge. C’était la porte principale de la ville qui fermait la rue Notre-Dame depuis le XIIe siècle, comme l’attestent différents textes anciens. Le chevalier de Fréminville qui l’a connue, la décrit ainsi :

« C’était une grande arcade ogivale percée dans la muraille entre deux grosses tours rondes de défense, couronnée de créneaux et de mâchicoulis. En avant de la porte existait un ravelin ou barbacane, ouvrage fortifié de la fin du Moyen-âge qui servait à défendre les portes de la ville. Elle fut remplacée plus tard par une demi-lune. Ce ravelin a été édifié sous le règne du duc de Bretagne François II, époque où la menace de la France sur le duché de Bretagne se faisait de plus en plus sentir. Il était percé de deux portes dont l’une, la plus grande, servait au passage des cavaliers et des charrois, l’autre plus petite réservée aux piétons. A l’intérieur du système de défense du ravelin existait un donjon formé de quatre tourelles coiffées de toits coniques encadrant le corps de logis qui servait de prison. Ce donjon dépassait la hauteur des autres fortifications de la ville. Au centre de l’édifice, une large voûte faisait face à la  porte de Rennes et laissait le passage aux piétons et aux véhicules. Ce donjon fut stupidement démoli en même temps que la porte de Rennes. Une couleuvrine en fonte, ayant deux tourillons de chaque côté et une volée fort longue, était placée dans une des meurtrières défendant ainsi l’accès de la porte de Rennes. »

De cette porte monumentale, il ne reste actuellement aucun vestige visible en surface. On nous a signalé que la base d’une des tours de la porte existerait encore et que, par contre, des restes d’un corps de garde situé dans une cave avait été démoli par ignorance plus que par vandalisme.

Toutes les portes de la ville étaient fermées par des herses et possédaient un pont-levis. Celui de la porte de Rennes fut réparé à plusieurs reprises. Les armes de la famille de Penthièvre étaient apposées au- dessus de chaque porte. Ces portes étaient closes à 20 heures en hiver et à 22 heures l’été. Les clefs de la ville étalent remises en temps de paix chez le maire, et en temps de guerre ou d’alerte chez le capitaine ou le gouverneur de la place forte.

DE LA PORTE DE RENNES AU CHATEAU (de 15 à 1)

remparts

 

A partir de la rue Notre-Dame, peu de vestiges des fortifications sont encore visibles, sauf à côté du château où l’on peut encore voir un long pan de murailles de l’enceinte qui continue jusqu’au château de Pierre II et qui pourrait être remis en valeur.