Guingamp Préfecture

Guingamp Préfecture

Partout, il reste des artisans : la croissance de la population qui double en un siècle, la construction de la nouvelle prison, de l’hôpital, des casernes, l’apparition de nouveaux quartiers, vers la gare par exemple, voient se multiplier maçons, couvreurs, charpentiers, beaucoup aussi de menuisiers, fabricants de meubles, de carossiers, cordonniers (chaussures sur mesure)… sans compter le chantier de restauration de l’église Notre-Dame (1850-1880), dont les travaux, à part les vitraux et certaines pièces métalliques, furent confiés à des artisans guingampais ; les grilles du portail par J.-M. Corlay, la plaque du centre du labyrinthe par Le Jamtel.

Et au même moment, la construction du chemin de fer, avec les nombreux ponts et viaducs qui provoqua l’arrivée de nombreux ouvriers limousins spécialistes du travail de la pierre. La plupart furent hébergés à Sainte-Croix, d’où l’existence pendant longtemps, le 1er janvier, d’un match local : Sainte-Croix-Limoges.

Ah ! Ce département des « Côtes du Nord»… ! Pierre Guyomar ne s’y résignait pas… Certes, Guingamp n’avait rien à dire puisque la ville, contrairement à Saint-Brieuc, n’avait jamais eu de représentants à  l’Assemblée.

Il y eut d’abord une autre proposition : entre l’Ille-et-Vilaine et le Finistère, on avait découpé au sud les Côtes-du-Sud (sous entendu, de la Bretagne) et au nord, les Côtes-du-Nord… Mais au sud, on substituera au nom primitif celui de Morbihan… Et ces Côtes-du-Nord restèrent là, sans que l’on sache au nord de quoi elles étaient !

Pierre Guyomar, lui, les avait « en travers de la gorge »… Il voulait que Guingamp soit le centre d’un département auquel on donnerait, comme à la plupart des autres, un nom géographique identifiable. Il suffisait de décaler l’objet du litige d’est en ouest : on abandonnait une partie à l’est à l’Ille-et-Vilaine, et à l’ouest on retrouvait la limite du Trégor, Morlaix… Le Trégor « finistérien » rentrait au bercail. Du coup, Guingamp occupait une position centrale… et on remplaçait « Côtes-du-Nord » par « Trieux »… C’est dans cet esprit qu’il prévit aussi d’étendre le territoire de sa ville en inventant,le premier, un « grand Guingamp ». Il annexait de larges espaces sur toute sa périphérie, ce qui en triplait la surface… Par exemple, à l’ouest, la limite était à Kéravel… Mais c’était trop tard : Saint-Brieuc devint ensuite préfecture et Guingamp sous-préfecture, comme Lannion, Dinan, Loudéac.

Au XIXe siècle, l’évolution économique va toucher les bords du Trieux à partir du Grand Trotrieux : implantation d’une grande tannerie, Marchand, puis Jaguin ; le moulin de la ville devient une minoterie. Le moulin de Traouzac’h se spécialise dans le travail du lin ; on voit s’élever quelques cheminées de briques car on utilise les machi- nes à vapeur. La vraie zone industrielle s’implante après Saint-Sauveur jusqu’à Pont-Ezer : abattoir, usines Joret-Lever, Tanvez, minoterie Bain, tannerie Marchand…

Mais à Guingamp même, ce qui prime, c’est désormais le commerce avec de gros négociants qui redistribuent les marchandises dans les magasins de détail, les foires et les marchés dans un rayon de vingt à trente kilomètres : un « pays de Guingamp » d’une autre nature, devenu carrefour de voies ferrées après sa vocation première de car- refour routier au fond de sa « cuvette »…

 

À présent, il n’y a plus de « faubourgs » en ville mais un ensemble englobant les communes voisines « en communauté ».

Ainsi va le temps, et il s’accélère. C’est maintenant qu’il faut rappeler les origines, le présent est bâti sur le passé. Espérons que le présent posera les bases d’un avenir assuré. Mais ne faisons pas table rase du vieux Guingamp…

Simonne TOULET.