Les moulins de Guingamp en 1806

Les moulins de Guingamp en 1806

Les moulins de Sainte Croix

st croix 2 reduitII y en a deux ; celui à moudre le tan à un seul tournant (3)  près le bout inférieur du déversoir… et  celui à blé, à trois tournants, situé au côté septentrional de la chaussée, à l’endroit correspondant à la base du déversoir oriental…

Ils soutiennent avec la chaussée toutes les eaux du Trieux et forment à leur réunion une espèce d’étang d’une grande étendue puisqu’ affleurant seulement le sommet du premier déversoir elles se montent jusqu’au moulin Buat, en Ploumagoar, distant d’environ un demi kilomètre.

La chaussée, qui sert d’appui entre autres à la cage du moulin à blé, forme aussi une portion du chemin vicinal entre Guingamp et Bourbriac.

Le sol du faubourg de Sainte Croix, c’est à dire tant des jardins et prairies contiguës que de la majeure partie du rez-de-chaussée des édifices, ne surpassant pas de plus de vingt centimètres le niveau du sommet de plus bas déversoir, il arrive nécessairement que le tout est couvert par les eaux dès qu’elles surpassent cette élévation de vingt centimètres, ce qui n’est malheureusement que trop fréquent surtout dans les années pluvieuses.

Entre les crues de la rivière de Trieux le ruisseau venant de la rue d’en bas passe par l’espèce d’arceau que l’on remarque au bout oriental de la chaussée. Il en a été mal à propos bouché un semblable pratiqué au bout occidental pour absorber les eaux venant de la montagne voisine : il faudra le rétablir en son premier état.

De même, le ruisseau formé par les eaux de la montagne de la Chesnaye, lequel venant par la rue des Cochons, entre dans le bout oriental du milieu, en contribuant de plus en plus à la submersion qui occasionne tant de dégâts. Son cours naturel au lieu d’avancer dans cette dernière rue serait de passer sous le pont de Squanviou…,de suivre l’ancienne ruelle (deux mètres de largeur)… pour se rendre dans la grande prairie dite de Sainte Croix et ensuite parvenir au moyen de saignées et rigolages à la rivière… Mais cette ruelle ayant été rétrécie par les talus et fossés que les riverains ont reconstruits trop près les uns des autres, toutes les eaux du ruisseau n’y peuvent plus passer.

Le moulin des Salles

salles reduitCe moulin à blé est à deux tournants… huit pâles au total. Les eaux de la rivière sont soutenues à la hauteur nécessaire au service des tournants par le déversoir au dessus duquel passent les piétons moyennant un pont en madriers. Il eût peut-être été avantageux d’avoir prolongé le déversoir ainsi que le pont jusqu’à la rive orientale du Trieux ; le service du meunier eût été plus facile sans causer une augmentation de gêne au passage des piétons.

Le sommet de l’écluse ou déversoir, pris en son milieu, fait la règle pour la hauteur des eaux quoique le sol de la majeure partie de la prairie des Salles n’en surpasse le niveau que d’environ vingt centimètres.

Le moulin de la ville

ville 2 reduitII est comme le précédent, à deux tournants et à blé. Il y a un grand déversoir qui s’étend depuis le pré Boisboissel jusqu’à la première des deux bondes (4) de décharge vers la campagne. Elles ont chacune quatre pâles et servent également de pêcherie. La troisième bonde vers la ville est à trois pâles dont celle du milieu se trouve actuellement hors de service. Le sommet de ce grand déversoir, simplement garni d’une centaine de pas en grandes pierres plantées debout, destinées au passage des piétons, se trouve heureusement inférieur d’environ quarante centimètres à la superficie tant dudit pré Boisboissel que de la plupart des autres terrains adjacents.

Le moulin de la Liberté (6)

liberte 4 reduitII est aussi à deux tournants et à blé. Une partie des eaux de la rivière est soutenue par une petite écluse… Comme la retenue est de peu d’étendue le meunier s’est ingéré de construire de son chef un batardeau sur le bras de rivière entre les jardins Douaren et Rocquancour, lequel bâtardeau est de dix neuf centimètres plus haut que le sommet de ladite écluse. Il est à propos d’obliger ce même propriétaire à supprimer ce nouvel établissement, ou au moins, à le réduire à l’élévation de son déversoir.

Le moulin de Saint Sauveur

st sauveur reduitCe moulin à blé est également à deux tournants, il a son déversoir garni de grands quartiers de pierre de taille arrangées pour le passage des gens à pied et le sommet plus bas de vingt à vingt cinq centimètres que la superficie des prairies riveraines de Keralguy et du Roudourou…

Le moulin de la Tourelle

tourelles reduitCe moulin à blé est pareillement à deux tournants. Le déversoir, dont le sommet est plus bas d’environ vingt deux centimètres que les prairies supérieures, est surmonté d’un léger pont en bois, avec garde-corps, pour le service des gens à pied, d’autant qu’aucun ne peut suivre la route des eaux qui bordent ou côtoient la rivière en cette partie de la dite route.

Le moulin de Tanaf

II est, comme presque tous les précédents, à blé et à deux tournants. Il n’y a qu’un simple déversoir pour l’évacuation du trop plein des eaux, sans pont ni aucune autre garniture quelconque à l’affleurement de la surface de la prairie Cadignan qui est située au joignant.

 

 

Quelques remarques sur ce texte

  1. II paraît évident que toute la partie basse de la vallée du Trieux est inondable, spécialement le faubourg de Sainte-Croix.
  2. Entre le moulin des Salles et le moulin de la ville, il n’est pas fait mention de l’ancien «moulin des Bourgeois». Ce moulin était placé dans le fief des nobles bourgeois sur le ruisseau évacuant les eaux de l’étang de Cadolan, en aval du pont de la rue Stang.
  3. Le «tournant» est la roue du moulin. Quand un moulin à deux tournants ou bien il a une roue à chaque pignon (moulin de la ville, Sainte-Croix) ou bien les deux roues sont l’une derrière l’autre (moulin des Salles).
  4. Les «bondes» sont les vannes,
  5. les «pâlies» sont les panneaux que l’on lève pour laisser s’écouler l’eau ou que l’on abaisse pour la retenir.
  6. Le moulin dit «de la Liberté» est, depuis la Révolution, le nom de l’ancien moulin du Prieur (de Saint-Sauveur). L’emplacement de tous les autres moulins est aisément repérable.
  7. Le jardin Rocquancour était sur l’îlot Saint-Michel, au nord des ponts.
  8. Entre le moulin Saint-Sauveur et le moulin Tanaf, la vallée est très humide sinon tourbeuse donc la circulation y est très difficile.
  9. On constate qu’en 1806 il n’y a plus qu’un seul moulin à tan à Guingamp. On sait, cependant, qu’à certaines époques le moulin des Salles en fut un. Quant au moulin dit «Tanaf», c’est évident. La diminution du nombre de ces moulins est en rapport avec le déclin déjà entamé des tanneries guingampaises.
  10. S’il n’y a encore comme ponts routiers que les ponts Saint-Michel, il y a sur plusieurs écluses des passages aménagés pour les piétons.
  11. A Sainte-Croix, la rue des Cochons est devenue, au milieu du XIXe siècle, la rue Penker.
  12. Le moulin de l’île, entre les deux rivières, n’est plus mentionné. Au XVe siècle on l’appelait moulin du Touldu.