LA FRANC-MAÇONNERIE A GUINGAMP AU XVIIIe siècle

LA FRANC-MAÇONNERIE A GUINGAMP AU XVIIIe siècle

L’histoire de la franc-maçonnerie moderne a parfois été rattachée de manière mythologique à l’Egypte ancienne, la construction du Temple de Salomon, la Grèce antique, la secte des Pythagoriciens, ou bien encore aux croisades, aux templiers, voire aux chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem.

Certains auteurs font le lien, en raison des nombreux symboles communs, avec les bâtisseurs de cathédrales, ou encore le compagnonnage unissant autrefois en confréries des artisans itinérants, c’est-à-dire des hommes libre de voyager et donc « franc » par opposition au servage, et qui maniaient la truelle, l’équerre, le fil à plomb et le compas. D’opératives, et situées près des chantiers, les loges où se réunissaient les maitres maçons de l’époque médiévales afin de partager les secrets des techniques architecturales et de constructions, sont devenues au fil du temps spéculatives.

Spéculatives, c’est-à-dire que les loges vont associer en leur sein non seulement des gens des métiers mais également des lettrés qui vont créer un corpus symbolique et méthodologique qui va placer l’homme en lieu et place du cosmos en reprenant la célèbre formule placée sur le fronton du temple de Delphes « connait-toi toi-même ». Ce corpus va constituer pour la nouvelle maçonnerie et ses membres une méthode de réflexion et de comportement basée tout à la fois sur l’utilisation de la symbolique des outils, la recherche philosophique, un certain retour à l’esprit de chevalerie, le tout ayant pour finalité le perfectionnement de ses membres sur tous les plans.

Quelque temps après l’origine de la maçonnerie moderne créée à Londres (1717), émanation de la Royal Sociéty et de sa fameuse devise « Nullius in verba (ne croire personne sur parole), avec des savants comme Newton, et des pasteurs comme Anderson et Désagulliers, ce dernier également savant et d’origine française, la Bretagne voit de nombreuses loges se créer sur son sol.

Ainsi, dans notre région, au XVIIIe siècle, on a pu relever la création des loges dont on a une liste ci-après sans que celle-ci soit limitative :

  • A Nantes : les loges « Saint-Germain », « la Parfaite », « l’harmonie », « Paix et Union », « Mars et les Arts », « La libre conscience »,
  • A Rennes : « La Parfaite Union », « l’Égalité », « la Parfaite Amitié »,
  • A Saint-Malo : « La Triple espérance », « La triple Essence » en firent partie de nombreux corsaires dont le célèbre Robert Surcouf. Il fut initié le 22 mai 1796 dans la Loge « La Triple Espérance » et passa très rapidement les degrés de compagnon et de maître. Plus tard, avec son frère Nicolas, initié également à la Franc-Maçonnerie en 1804, ils furent admis dans la Loge « la Triple Essence » à Saint-Malo.
  • A Saint-Servan : « L’Essence des mœurs », « La Fidèle Maçonne »,
  • A Saint-Brieuc : « La Vertu triomphante », et la loge militaire « Napoléon » au 20ème chasseur,
  • A Lamballe : « L’Union Philanthropique »,
  • A Dinan : « La tendre Fraternité »,
  • A Lorient : « Nature et Philanthropie » et « La Parfaite Union »,
  • A Lannion : « La Paix »,
  • A Vannes : « La Philanthropie »,
  • A Quimper : « L’Heureuse Maçonne », « La parfaite Union »
  • A Guingamp : « L’Etoile des Maçons »

Mais encore à Morlaix : « La fidèle Union », La Noble Amitié (Loge de femmes), « La Réunion des Anciens », « L’Étoile des Mœurs », « La réunion des Armées » (loge militaire),

A Brest : « L’heureuse Rencontre », « la Parfaite Union », « La Constante », « L’Heureux Hasard », « Saint-Louis » loge militaire du Régiment de Guyenne », la Loge « Anglaise 184 », « L’Heureuse Union (Loge de femmes), La triple Alliance (loge militaire du régiment du Beaujolais), L’accord parfait de la Marine, « Normandie » loge militaire du régiment du même nom, « La Concorde » du régiment d’Auxonne, « La famille Unie » (du régiment de Condé), « Le talents réunis », « Henri IV », « Sully », « Les élus de Sully », « Les amis intimes », « La montagne », « La Réunion Espagnole », »Les Amis de la Parfaite Union » (du 7e régiment léger ), « Les élus de Minerve » du 37ème Régiment de Ligne », « La Parfaite Union (Loge du 16e léger), » la Bienfaisance » (du 70ème de ligne), « les amis de la Bienfaisance » (du 15e régiment de ligne), « le repos du Lion » (du 7e bataillon des Vétérans (canonniers), « Les Disciples de Sully », « les amis de Sully ».

A cette époque, et malgré la bulle pontificale « In eminenti apostolatus specula » émise le 28 avril 1738 par le Pape Clément XII condamnant la Franc maçonnerie moderne, organisée autour des Constitutions rédigées par le Pasteur James Anderson en 1723, et au moins jusqu’ en 1816, de nombreux ecclésiastiques étaient membres des loges maçonniques.

Des moines, des religieux de tous ordres, des prieurs d’Abbayes, des Chanoines, des Prêtres remplissaient des fonctions dans les loges. Certains en possédaient les grades plus élevés et il n’était pas rare que d’autres en fussent vénérables.

Tel était le cas de la loge de Guingamp, dont on a la certitude qu’en 1774, l’abbé de Roquancourt, chanoine de Quimper, était membre de la loge « l’étoile des maçons ». Mais il y a mieux, malgré la condamnation Papale, certaines cérémonies maçonniques eurent pour cadre l’actuelle basilique de Guingamp.

C’est ainsi que cette loge fit célébrer le 14 juin 1774 dans la basilique un service funèbre pour le repos de l’âme de sa majesté très catholique Louis XV.

Dans le procès-verbal de cette solennité ordonnée par le frère Comte Cormier Dumedic, capitaine au Régiment de Champagne et vénérable de la Loge, aidé du frère du Bourblanc, et d’après les plans et dessins du frère Piou, ex-vénérable. On peut y lire :

« A la Gloire du Grand Architecte de l’Univers »

« Description du Mausolée, érigé dans le chœur de l’église Notre Dame de Guingamp pour le service du feu Roi XV, par les FF : de la R : L :. « L’étoile des Maçons » à l’orient de Guingamp, le deuxième jour de la deuxième semaine du quatrième mois de l’an de lumière 5774, et de style vulgaire le 14 juin 1774. »

« L’intérieur du chœur était totalement tendu de noir, parsemé de larmes d’argent. A l’aplomb de chaque stalle il y avait des têtes de morts, et alternativement, les Armes de France renfermées dans des Ecussons d’or. »

« Le retable de l’Autel était couvert d’un voile noir, sur lequel était appliquée une croix latine de moire d’argent, au centre de laquelle était un grand Ecusson brodé en or, renfermant les armes de France et de Navarre. »

« Aux extrémités de la croix étaient les chiffres du Roi et de la Bretagne. Sur les deux crédences, tendues aussi de noir, étaient posés deux cierges d’honneur, en pyramide de huit pieds de haut. Le cierge supérieur portait l’Écusson du Roi d’un côté, et celui de la Bretagne de l’autre. Le surplus du frontispice du grand Autel, et qui formait le fond du chœur, était la base d’une pyramide de lumière, dont la pointe se perdait dans la voute. »

« Au centre du chœur, entre le Lutrin et le sanctuaire, était le mausolée, composé d’un Obélisque égyptien, triangulaire dans sa base, ayant trente pieds de hauteur. La pyramide posée, sur un piédestal sans marque et sans moulure, de marbre noir, aussi triangulaire et de cinq pieds de hauteur, du même marbre parsemé de larmes d’argent, et les arrêtes ornées de moulures en or. Sur les dés (dais) du piédestal étaient appliqués des voiles funéraires relevés par des cordons d’argent à glands d’or. Au milieu et au-dessus de chaque voile était une tête de mort ailée, au-dessous deux os en sautoir : le surplus parsemé de larmes d’argent. »

« L’aiguille de l’obélisque était jointe à son piédestal par trois globes de marbres noir, sur lesquels étaient en relief trois fleurs de lys d’or. Entre le piédestal et le dessous de la pyramide, dans le vide que laissaient les trois globes, était une lampe sépulcrale, allumée d’esprit-de-vin, qui par sa faible lumière augmentait l’obscurité qui régnait dans cette partie. »

« L’obélisque ou pyramide était triangulaire, présentait à la nef un de ses côtés et aux latéraux, ses deux autres côtés. Au milieu de sa hauteur et dans le côté vue de la nef était un grand Ecusson en or, entouré des colliers des ordres du Roi, surmontés d’une couronne Royale aussi en or : au milieu de l’écusson étaient les Armes de de France. L’Ecusson, posé sur un manteau royal, étant entouré de branches de cyprès, d’une pelle en sautoir avec une faulx, le tout surmonté d’un sable ailé. Au-dessous de l’Ecusson était écrit en style lapidaire et en lettre d’or :

LUD.XV

OPT.PRIN.REG.CHR.

ET DIL

PIO.FEL

SEMP.AUG.

La face de l’obélisque, qui était vue du Septentrion, ou de l’évangile, recevait l’Ecusson des Armes de la L :., composés d’un grand cuir antique, au milieu duquel était une grande étoile Flamboyante à six branches en or. »

« Au bas du cuir et sous l’Etoile, était un chien passant, emblème de la fidélité, première vertu des enfants de la Lumière. »

« Au haut du cuir, et en têt de l’Ecusson était un mufle de Lion, ayant dans sa gueule un mors de bride, dont les rennes venaient se perdre dans les rayons de l’étoile flamboyante, symbole de la force et de la prudence »

« L’Ecusson supporté sur un socle de maçonnerie dégradée, désignait l’antiquité de l’Art Royal. D’un côté tait une colonne renversée et rompue en deux, ainsi que la lettre Mystérieuse, une Equerre, un Niveau, une Perpendiculaire, formaient un groupe avec une Planche à Tracer : De l’autre côté de l’Ecusson étaient les Deux Pierres Mystérieuse sur lesquelles reposaient la bible ouverte à l’endroit « IN PRINCIPIO ERAT VERBUM ». On voyait sur le dos de la Bible, une tête de mort entourée de larmes et d’une branche de l’arbre sacré. Au-dessus de la Bible, et comme sortant de ce groupe était un Aigle en vol, portant dans son bec une Rose Mystique, fixant l’Etoile Flamboyante et le ciel de ses regards, tenant dans ses serres une truelle, un Compas, un Poignard. »

« Au joignant de la Bible, et se reposant sur les plis du cuir antique, on voyait un Pélican se perçant pour nourrir ses petits au nombre de Sept. »

« Au fond une croix lumineuse paraissait sortir victorieusement de ces emblèmes, et était supportées par une échelle à sept échelons avec les lettres initiatiques de chaque Echelon. »

« Au-dessous de l’Ecusson était en lettres d’or la devise de la L : de Guingamp en style lapidaire.

STEL.E.A.

STEL.DIF.Ier.Cor.

Le côté de l’obélisque ou pyramide, vers le Midi ou l’Epitre, orné d’un Écusson en or, décoré des Colliers des ordres du Roi, renfermait au milieu les Armes du Duc de Chartres, et comme Protecteur de l’Art Royal, on lisait au-dessous ce passage de l’Écriture Sainte en caractère d’or :

HIC FACT.E.CAP.ANG.

Le haut de la pyramide était terminé par une urne cinéraire d’albâtre oriental, entourée de festons de draperies funèbres, de moires d’argent : l’urne était unie à la pyramide, et reposait sur un socle d’or, et était terminée par une fleur de Lys, à quatre feuilles aussi en or. »

« Le catafalque était terminé et couvert d’un dais de velours noir parsemé de larmes d’argent ; lequel était suspendu à la voute du chœur ; son plafond, traversé d’une croix de moire d’argent, portait quatre écussons aux Armes de France et de Bretagne. »

« Au milieu et au centre de la croix était une étoile flamboyante à six pointes en or, avec flammes de feu en transparent ; au milieu de la lettre G en or, au pourtour la légende : STELLA ENIM A STELLA DIFFERT, 1er Cor aussi en lettre d’or. »

« Les pentes du dais, aussi en velours noir, étaient bordées d’une frange d’argent, et coupées par des Ecussons de France en or, et de Bretagne en Argent, entre lesquelles étaient des têtes de mort ailées. Sur les quatre pentes était appliquée une écharpe de taffetas blanc, garnie frange en argent, arrêtée par des cordons noirs avec glands d’or : le surplus parsemé de larmes d’argent. »

« Des quatre angles du dais, sortaient quatre grand rideaux noirs couverts de larmes, et venaient se terminer aux quatre piliers du chœur, et y étaient arrêtés par des cordons ornés de glands d’or. »

« A la hauteur du couronnement de la grille du chœur et au pourtour régnait un cordon de lumières »

« Les trois Degrés qui élevaient le piédestal antique de l’obélisque formaient trois rangs de lumière de chaque côtés, au nombre de quatre-vingt et un. »

« Aux trois angles du piédestal s’élevaient trois grands chandeliers triangulaires, portant chacun neuf lumières arrangées de trois en trois : à chaque chandelier était attaché un écusson de la France et de la Bretagne. »

« A l’angle vers le grand Autel, s’élevait une estrade, la Croix de Vermeil accompagnée de deux grands flambeaux de cire jaune. »

« En avant des degrés, vers le chœur s’élevait une crédence couverte d’un drap noir parsemé de larmes d’argent et de têtes de Mort ailées : sur la crédence était un coussin de velours cramoisi, orné de glands d’or.

« Sur ce coussin, la main de justice, le sceptre et la Couronne Royale étaient posés, le tout portant sur une Epée Flamboyante, Symbole de la Justice et marié avec les Trois Cordons Bleu, Rouge et Noir, recouvert d’un crêpe qui descendait jusqu’à terre. »

« Au-dessous et sur le drap noir qui couvrait la crédence, était brodé en lettres d’or ce mot : FUIT. Un peu en avant, et sur un gradin couvert de noir, était un bénitier. »

« Les stalles du chœur sans aucun ornement étaient occupées par la Noblesse, les Juges et les personnes invitées à la cérémonie. Près de la grande porte du chœur étaient des bancs réservés pour le Clergé. En avant du Lutrin et entre les catafalques étaient trois fauteuils de velours noirs, dont celui du milieu était occupé par le Vénérable de la Loge, celui à droite destiné pour le Vénérable de la Loge de Saint-Brieuc et celui de gauche par l’ex-Vénérable de la Loge de Guingamp. »

« Au-devant du Vénérable était un autre fauteuil occupé par le Maître des Cérémonies. A droite et à gauche des sièges remplis par les FF : visiteurs et les FF : de la loge dont les colonnes étaient terminées par les deux surveillants. Entre le catafalque et le sanctuaire étaient les FF : ambassadeurs (des autres loges) et terr : (de la loge), assis sur des fauteuils aussi couverts de noir, ayant à leur côtés les deux FF : Serv : (servants). »

« Sous la coupole qui est au milieu de la croisée de l’Eglise et attenante au chœur, était une enceinte réservée pour les Dames, autour de laquelle étaient les cavaliers de la maréchaussée, le fusil renversé. »

« Les FF : s’assemblèrent chez le Vénérable à dix heures du matin et partirent dans l’ordre suivant pour se rendre à l’église : Le Vénérable était à la tête ayant à sa droite l’ex-vénérable et à sa gauche le Maitre des Cérémonie, venaient ensuite sur deux colonnes, les visiteurs et les FF : de la loge. La marche était fermée par les deux surveillants, au milieu desquels était le F : Terr : (terrible), et derrière les deux frères servants. »

« Ils traversèrent la nef de l’enceinte ou étaient les dames, et étant à leur places la cérémonie commença. »

« Après qu’elle fut finie, la Noblesse vint jeter de l’eau bénite, ensuite les juges, les personnes invitées, les Dames et enfin les FF : qui reconduisirent le Vén : dans le même ordre qu’ils étaient venus. »

« Le F :. Trésorier accompagné des deux FF : Hospitaliers, firent distribuer, en présence des deux vicaires de la Paroisse, un pain à chaque pauvre de la ville. »

« A trois heures de l’après-midi, les FF : se rassemblèrent chez le Vén : ainsi que plusieurs personnes invitées, où le F :. Le Normand de Kergré, Orateur de la L :., prononça l’oraison funèbre du Très Haut, Très Puissant, Très Excellent Prince Louis le bien aimé, Roi de France et de Navarre, les FF : Étant dans l’ordre dans ornement ni attributs. »

Cette pompe funèbre avait été ordonnée par la L :. Assemblée, sous la conduite des FF :.Cormier du Médic, Vénérable – du Bourblanc, Amassadeur et Plou ex Vénérable.

Cette cérémonie, en date du 14 juin 1774, eu donc lieu bien après la première condamnation Papale du 28 avril 1738, réitérée par Benoit XIV en 1738, qui n’eurent aucun effet à Guingamp.

LA CONDAMNATION PAPALE

En 1738, après celle de 1723, fut publiée une seconde édition des constitutions d’Anderson, véritable texte fondateur et référent des principes de la maçonnerie moderne. Le Pape Clément XII (1730-1740) dans sa bulle « In Eminenti » du 28 avril 1738 mis en garde pour la première fois contre la nouvelle société secrète des francs-maçons. Cette condamnation fut d’ailleurs réitérée par son successeur le Pape Benoit XIV en 1741. Aussi nous pouvons nous interroger sur les véritables motivations de cette condamnation Papale d’une institution qui semblait particulièrement bien intégrée à la Société, et dont l’exécution de la condamnation ne fut pas appliquée à Guingamp comme dans d’autres lieux du pays.

Le Souverain Pontife indiquait dans sa bulle qu’il condamnait les francs-maçons « pour d’autres causes justes et raisonnables à nous connues », sans préciser outre mesure ce qu’étaient ces causes et cela n’était sans doute pas suffisant au pays de Rousseau et de Voltaire pour emporter l’adhésion à une telle mesure.


Pourquoi une telle condamnation ?

Plusieurs hypothèses ont été émises.

D’abord, les Etats Pontificaux se voyaient contestés une partie de leur territoire par les autorités de Florence dont on dit que plusieurs francs-maçons en étaient membres.

Ensuite, les grandes découvertes qu’elles soient géographiques ou scientifiques ont remis en cause les idées reçues. Le libre examen cher à Descartes est passé par là, et la foi cède le pas à la conscience individuelle. A la révélation racontée et écrite, puis codifiée dans un livre devenu sacré, le Droit Naturel se veut différent du Droit écrit puisqu’il ne se vit que principes, non sur le papier, mais dans la conscience qui est guide et inspiratrice du comportement individuel en toutes circonstances. Le livre sacré n’est plus parole d’évangile mais livre de la tradition de l’histoire humaine et cela n’empêche pas d’en tenir compte.

Après cette première condamnation, l’interdiction fut appliquée immédiatement dans les Etats pontificaux, mais en France, la bulle pontificale ne fut pas présentée à l’enregistrement du Parlement par le roi Louis XV, condition impérative pour lui donner force exécutoire. On peut donc dire que le gallicanisme fut un des plus surs alliés de la Franc-maçonnerie française d’où sans doute la cérémonie de reconnaissance organisée à la mémoire de Louis XV par les maçons dans l’église de Guingamp.

La condamnation Papale n’empêcha pas la progression de la maçonnerie en France, et sous Louis XVI on comptait plus de 800 loges et 30.000 adhérents, dont des centaines d’ecclésiastiques de haut rang.

Pour conclure :

La loge L’Etoile des Maçons semble avoir été créée avant 1772 et elle a existé au moins jusqu’en 1817.

En 1772 son vénérable est un nommé Piou, ingénieur des Ponts et Chaussées, le second surveillant est le chevalier de Boiboissel

Toujours concernant « L’Etoile des maçons » de Guingamp, en 1811 on relève les noms de certains de ses membes tels : Bathélémy Pelase Desjars ; Antoine Vistorte ; K Kermaingant ; Y de la Fargne, Notaire ; H.Romand, Garde Magasin ; Florimond de Carné, Sous Prefet ; Yves André, Notaire ; J.B. Lanjuinais, Bélizal, M. Le Coniat.

On peut dire que de 1772 à 1792, les membres de la loge sont surtout d’une authentique noblesse d’épée. Dans cette loge se rencontre outre la noblesse, des négociants et quelques fonctionnaires. Au commencement du XIXème siècle, le personnel de la loge change, la révolution est passée par là, et sa composition sociologique se modifie avec moins de nobles mais plus de fonctionnaires et de gros négociants, ainsi que des magistrats. Dans cette loge les professions libérales sont peu représentées avec une quasi absence d’avocats et de professeurs. Ce qui n’est pas le cas dans de nombreuses autres loges de la région. A Brest, la prédominance de grands marins, et non des moindres, est attestée.

L’étoile des maçons semble avoir été une émanation de la Loge de Saint-Brieuc « La Vertu Triomphante ». Il en est de même pour les loges de Lannion et de Lamballe.

Républicains à la Révolution, Bonapartistes sous l’empire, mais d’une manière générale assez progressistes d’esprit, les maçons de Guingamp furent à la restauration des adversaires des Bourbons c’est ce qui peut expliquer la disparition de cette loge vers 1817.