Thielemans

Thielemans

thiel2Mais pourquoi donc sans cesse contrarié, confronté à l’impossibilité de disposer d’un instrument adapté à son talent, obligé pour faire vivre sa famille de donner des leçons de piano, assujetti à tous les offices religieux, contraint pratiquement de fournir son concours le plus souvent bénévole -ce bon Monsieur Thielemans ! – aux œuvres de bienfaisance, acceptant modestement de paraître comme simple accompagnateur dans des concerts mondains ou charitables, obligé pour avoir une chorale de re­courir à trois ou quatre chantres peu experts en musique ou à des ama­teurs dont la bonne volonté n’assure pas le talent… mais pourquoi donc, avec sa formation et ses possibilités musicales, est-il resté 33 ans à Guingamp ?

D’abord, dès 1867, il s’y marie : il épouse Anne Marie Philomène Le Bourhis, 27 ans, fille d’un mercier de Guingamp habitant rue du Pot-d’Argent. Les témoins du mariage sont Charles Louis Thielemans, 36 ans, son frère, cultivateur à Woluwe St-Pierre ; Edouard Paulwels, 35 ans, boulanger, son beau-frère ; Sigismond Jean Pelage Ropartz, 43 ans, avocat, ami des futurs époux, et François Mahé, 32 ans, clerc de notaire, cousin par alliance de la future épouse.

De ce mariage, naîtront trois enfants :

  • – en juin 1868 : Joseph Yves Marie (dcd en 1956)
  • – en février 1870 : Anne Marie Louise (dcd en 1942)
  • – en avril 1881 : Louis Joseph Pierre Marie (dcd enf 1946)

Mme Thielemans survivra à son époux jusqu’en 1919. Ils ont habité 9, rue du Pot-d’Argent, au moins jusqu’à la mort de Thielemans.

Et puis notre musicien belge devient Breton. Breton par sa vie : sa réputation se répand rapidement, on le réclame à tous les pardons de Bretagne (Notre-Dame du Mûr, à Morlaix ; Saint-Yves, à Tréguier ; Sain­te-Anne d’Auray…)… Il inaugure des orgues à Saint-Brieuc : à l’église Saint-Michel et à Notre-Dame d’Espérance. Il participe, à Saint-Malo, au cinquantenaire des funérailles de Chateaubriand. Il compose, certes, de la musique religieuse : messes, cantiques, saluts du Saint-Sacrement, un oratorio à 4 voix avec accompagnement d’orgue, des morceaux pour orgue dont des marches nuptiales. Il écrit un «Nouveau traité d’harmonie fondamentale» et une méthode pour apprendre le piano, «L’enseignement du piano rendu facile et agréable». Il écrit aussi des œuvres variées pour piano : sérénades, danses (valses, mazurkas), des airs de ballet.

Mais, surtout, il devient Breton aussi par ses œuvres. Il compose des danses inspirées par les danses populaires bretonnes : dérobée de Guingamp, passe-pied de Callac ; des chants avec accompagnement de piano : «L’hirondelle de Bretagne», «Fleur de Bretagne». Il écrit des cantates à l’honneur de Saint-Yves, de Sainte-Anne, de Notre-Dame du Mûr, de Notre-Dame des Portes. Il collabore avec des écrivains bretons : Louis Tiercelin, Brizeux. Il a étudié les airs notés par de La Villemarqué, par l’abbé Le Scour, l’abbé Henry et il a adapté mélodies et harmonies. Dès 1867, il fait applaudir, au Congrès Celtique international de Saint-Brieuc, sa cantate «Les deux Bretagnes», dont les paroles françaises sont de Sigismond Ropartz.

Nous n’allons pas énumérer toutes les œuvres de Thielemans. Parmi elles, des morceaux charmants intitulés : «Petit ruisseau», «Chanson de l’oiseau», «Harmonies champêtres» («La source», «Les roseaux», «La berceuse», «L’écho», «La cloche», «Le bac»). Beaucoup d’oeuvres reli­gieuses comme il convient à un organiste : cantates, oratorio «Au pied de l’autel» (avec les paroles de S. Ropartz), des harmonies liturgiques, une messe à Notre-Dame de Bon-Secours, une messe de Noël, des cantiques à la Vierge…

Son inspiration très bretonne se retrouve dans des chants : «L’hirondelle de Bretagne», «Fleur de Bretagne» ; des chœurs : «Les Bretons» (paroles de Brizeux) et un opéra : «Michel Columb».

thielSon inspiration très bretonne se retrouve dans des chants : «L’hirondelle de Bretagne», «Fleur de Bretagne» ; des chœurs : «Les Bretons» (paroles de Brizeux) et un opéra : «Michel Columb».

Cette inspiration appuyée sur une ex­cellente technique est très poétique, très artistique et aussi très chrétienne com­me en témoignent ces quelques lignes extraites de la préface de son Traité d’harmonie : «Destinée à satisfaire un besoin de l’âme humaine, l’harmonie doit avoir pour auteur l’auteur même de l’âme humaine et c’est en Dieu qu’elle doit trouver son expression, la plus parfaite… toute mon ambition est de faire aimer Dieu en faisant aimer l’har­monie.» L’harmonie est dans la nature et c’est là que Thielemans la cherche.

thiel3On comprend l’émotion de tous ceux qui ont pu apprécier son talent dans «ces mélodies si pleines d’une suave mélancolie qui tient du murmure de la forêt et du soupir de la vague» et combien ce Bruxellois mérite le surnom de «Telen Arvor», «La harpe d’Arvor», gravé sur son tombeau au cimetière de la Trinité de Guingamp.

Bibliographie

  • – Archives de la basilique Notre-Dame.
  • – Conférence de M. Sullian Collin, le 30 août 1901, au Congrès de l’union régionaliste bretonne.
  • – Semaines religieuses diocèse de Saint-Brieuc, 8 décembre 1887, 2 février et 22 mars 1888.
  • – Note de M. E. de Bellaing.