Hôtel de la Maison Blanche

Hôtel de la Maison Blanche

Voici quelques souvenirs d’enfance de Louise Clairon (née en 1889), à l’Hôtel de la Maison Blanche, rue des Ponts St Michel à Guingamp. (Texte publié sur le site CG 22).

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« Je ne sais depuis quel âge j’ai habité l’hôtel de la Maison Blanche (de ma toute première jeunesse jusqu’à environ ma huitième ou neuvième année certainement).

Vers cette époque, mon père fut malade et mes parents décidèrent de prendre un commerce moins difficile. Ils vendirent le fonds car l’immeuble ne leur appartenait pas et louèrent une maison de la Place du Centre, à Guingamp, au n° 39, pour y tenir un café et recevoir seulement à manger le samedi, jour du marché. Ma mère était aidée d’une femme de service nommée Marie Louise.

Voici ce dont je me rappelle concernant notre passage à l’Hôtel de la maison Blanche :

Au rez-de-chaussée, grande pièce où l’on servait à boire avec une partie utilisée en restaurant où nous avions 20 ou 30 ouvriers ou employés de commerce.

Nous en logions quelques uns, non pas dans l’hôtel mais un peu plus loin où nous avions loué un étage. C’était au dessus du magasin de Mademoiselle RADENEN, tout près de chez un peintre Monsieur Charles THÉBAUT, rue Saint Yves face aux établissements JAMTEL.

La cuisine faisait suite à la salle de café où se trouvait une grande cuisinière à charbon dont la brave Jeanne s’occupait de 10 à 12 heures par jour sans jamais se plaindre. Elle était toujours gaie et serviable et nous l’aimions bien.

Après la cuisine, il y avait une grande cave (.. du beurre par Monsieur PETITBON) où il y avait plusieurs barriques de vin et de cidre ainsi que des casiers pour les bouteilles de cidre bouché et divers apéritifs dont les principaux étaient : Madère, Frontignan, Vermouth, Abricotine, Cherry Brandy, Bitter, Absinthe, Malaga, Triple Sec, Hydromel. Je vois encore, dans un coin de cette pièce, une anfractuosité qui servait de lit au garçon d’écurie.

Au premier étage, dans une grande salle à manger se trouvaient deux énormes tables recouvertes de nappes blanches où pouvaient se mettre au moins une soixantaine de personnes, voyageurs de commerce et autres qui n’étaient que de passage. On y recevait aussi de temps en temps des mariages ou réunions quelconques.

Dans une encoignure, une porte donnait accès à une espèce de petit grenier où étaient rangés divers objets peu utilisés et où je n’allais jamais tellement cet endroit me faisait peur.

Partant de la cuisine il y avait trois portes (en plus de la séparation entre le café et la cuisine) : l’une à gauche pour aller à la cave, l’autre du côté opposé, permettant de sortir pour se rendre dans la cour et dans une assez grande pièce où il y avait des poules et des lapins ainsi qu’aux écuries où logeaient les chevaux des clients de passage qui couchaient à l’Hôtel.

Le premier étage de l’hôtel comprenait trois chambres dont l’une était celle de mes parents, les autres réservées à la clientèle. L’une des chambres avait deux grands lits, l’autre 3 grands lits.

Au deuxième étage, il y avait, près de l’escalier, une chambre où on logeait un pensionnaire qui mangeait au 1er dans la salle puis, faisant suite, une petite pièce, la chambre de la cuisinière. Puis une autre grande chambre où se trouvaient trois grands lits où on logeait des clients  tels que charbonniers, conducteurs de chevaux etc.

Une porte à gauche de cette grande chambre avec fenêtre sur la rue, une chambre à un lit qui fut donnée à un vieux pensionnaire très estimé et que l’on appelait « le sénateur ». Il s’appelait Monsieur KERVERN. Puis, à gauche de l’escalier, il y avait une autre grande chambre qu’on nommait « la chambre des enfants » et où couchait une bonne qui était toujours de la famille. Il y avait donc trois grands lits de deux personnes.

Moi, je devais coucher avec ma grand mère, mes deux frères Victor et Gabriel dans un des lits ; l’autre pour Jean et René. Je revois aussi un berceau sur pieds, en osier, près du lit de grand mère, où avait été mis René dans son tout jeune âge. Il y avait, dans cette pièce, un placard, où on avait caché une belle poupée dont le visage en porcelaine était cassé et qu’Anne Marie LE FRANC venait secouer devant mes yeux, ce qui me faisait hurler de peur à chaque fois..

Il y avait aussi une grande cheminée dans la pièce, où ma grand mère nous faisait souvent des crêpes, repas qui nous satisfaisait plus que les repas de la cuisinière !

Nos plus proches voisins étaient Madame MARTIN et sa fille Marie (qui avaient un magasin de meubles, chaises etc.) avec lesquelles nous étions en très bons termes. Puis, une librairie dont je ne me souviens pas le nom où se trouvait une grande cour dotée de deux grandes pièces louées par mon père qui y faisait faire son cidre et y avait des tonneaux et le matériel agricole.

Sitôt la mort de mon père (décédé à 41 ans) je dus aller travailler, en qualité de facturière, aux établissements CHARETON-DRONIOU, en 1904 ou 1905,( j’avais donc 14 ans)(mon père était le cousin de Madame CHARETON).

J’y restais jusqu’en 1916 ou 1917 et j’étais devenue chef de rayon au magasin de tissus. Je partis ensuite.