Une garnison à Guingamp

Une garnison à Guingamp

La question est posée dès après la guerre de 1870-71, et le principe acquis dès 1874 : Guingamp aura un régiment d’Infanterie. Il faut donc prévoir le casernement pour 2 000 hommes.

Où construire la caserne ?

L’existence du Vally « champ de manœuvres » de l hectare30 entraîne l’examen des terrains disponibles à proximité. Quatre terrins sont possibles :

  • le « champ du Vally » à l’est de la place : 1 ha 49
  • un terrain entre la N 12, la rue du Collège, la rue St-Martin, soit 2ha 88
  • un terrain entre la N 12 et la rue Ste-Anne : 2ha 06
  • un terrain entre la N 12 et le boulevard de la Gare

Tous sont sur des voies de communication importantes, avec proximité de la gare, ont un sous-sol de sable sur argile, et l’eau à une profondeur de 3 ou 5 mètres.

Les frais de casernement.

Ils correspondent à une participation financière de la ville de Guingamp à l’entretien de la garnison. La municipalité espère rentrer dans ses frais grâce à l’accroissement des taxes de l’octroi, la consommation augmentant du fait de la présence de la garnison et des familles des officiers et sous officiers en ville.

Le décret du 21 novembre 1874 qui décidait de l’installation du 48ème RI à Guingamp fixait le montant des frais de casernement à un forfait de 3 000 francs par an, pour une durée de 15 ans, tenant compte de la participation de la ville à la construction de la caserne.

Dès le 26 décembre 1878, première protestation de la municipalité : le nombre de militaires n’est que de 350 au lieu de 500 prévus d’où moindre profit pour le commerce local.

Quelques années plus tard nouvelle protestation : les soldats consomment chaque mois six repas de conserves et des « croquettes de marche » qui ne sont pas soumis à l’octroi.

A l’expiration du contrat de 15 ans le forfait est abandonné, les frais étant désormais calculés selon les effectifs réels. Les tarifs font l’objet d’une discussion serrée entre le ministère de la guerre qui réactualise à la hausse et la ville qui « marchande », réclame et, le plus souvent obtient un rabais.

Jusqu’en 1905 le tarif pratiqué est :      3 francs par homme et par cheval.

A partir de 1910 :                                    4  francs par homme et 3 francs par cheval.

Qui paiera ?

Les frais de construction incombent en partie à la ville. Pour cela la municipalité lance un emprunt en trois tranches 1875, 1876, 1877. Au total 200 000 francs sous forme de coupons d’obligations de 500 francs à 5,5 % amortissables en 30 ans.

Les frais de remboursement de l’emprunt sont calculés de telle sorte qu’ajoutés aux frais de casernement ils ne dépassent pas 16 000 francs par an. Sinon ils excéderaient les moyens de la ville. Cependant, on augmente quelques tarifs d’octroi, sur l’alcool (50 %), sur les bois d’œuvre, et on crée de nouvelles taxes sur les lattes, la chaux, le plâtre, les ciments, les ardoises…

La municipalité espère que la présence du régiment (hommes de troupe, officiers, chevaux…) entraînera une augmentation des recettes de l’octroi : cet accroissement est estimé à environ 8 francs par homme.

Sans compter qu’il y aura d’autres frais : la construction d’une nouvelle aile à l’hôpital-hospice, aile réservée aux militaires (ce bâtiment est aujourd’hui le seul vestige de l’hôpital du XIXe siècle et il continue à être désigné sous le nom de « Pavillon des officiers ».)

La caserne rue GORDOC’H

Le futur emplacement de la caserne fut modifié à la suite d’une pétition de 460 habitants du quartier Saint-Michel. Ils regrettaient déjà que la gare de chemin de fer prévue à Kéribo ait été déplacée au sud-est de la ville. Les terrains ne manquaient pas entre la rue Gordoc’h et la rue de la Madeleine.

Une suite favorable fut donnée à leur requête et on décida de construite la caserne à la sortie ouest de Guingamp.

Là construction de la voie ferrée vers Pontrieux et Paimpol pouvait résoudre l’inconvénient de l’éloignement de la gare. Une halte à Gourland serait la solution rêvée… Un conflit avec la commune de Grâces empêcha la halte d’être réalisée avant 1914…

La caserne La Tour d’AUVERGNE

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Entrée de la caserne

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     La parade de la Garde

Ce bâtiment central a été détruit en avril 1944 par un maquisard de 20 ans : Yves Le Magoarou.

Le Cercle-mess des Officiers

Dès juillet 1875 le major du 48ème souligne la nécessité de prévoir un « cercle-mess » destiné à servir de restaurant aux officiers célibataires, de café et de cercle à l’ensemble des officiers. On peut escompter la présence de 40 célibataires et de 30 officiers mariés. Il devrait comprendre une salle servant de salle à manger et de café, une bibliothèque pouvant être utilisée comme salle de conférences et une petite cour plantée d’arbres, pour l’été.

mess of

On pense d’abord à implanter ce mess à proximité de la caserne, dans le quartier Saint Michel. Puis la municipalité proposa un terrain lui appartenant à l’angle de la venelle des lutins et de la rue de Pontrieux. La proposition fut agrée et le mess construit. Après 1880 le peintre néo-impressionniste, Maximilien LUCE, en garnison à Guingamp, décora de fresques les murs de l’une des salles.

Ce bâtiment devint pendant la guerre 1914-18, le Foyer du soldat, puis redevint Mess des officiers jusqu’à la seconde guerre mondiale.

Après suppression  de la garnison il devint vacant. D’après la convention signée en 1878, les bâtiments revenaient à la ville. Celle-ci y installa un certain nombre d’associations en peine de locaux : l’UFF, les Eclaireurs, l’UJRF et même en Avant.

En 1956, l’administration des finances obtient. L’ensemble des bâtiments où elle installe la Recette des finances.

Le Mess des sous-officiers

Bâtiment central sur cette photo, est devenu le dépôt d’essence et de munitions.

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Le 20 Avril 1944, un jeune guingampais de vingt ans, Yves Le Magoarou qui s’était fait embaucher comme ouvrier civil à la caserne, décide de fêter l’anniversaire d’Hitler à sa façon.

« Il subtilise les clés, escalade le mur traverse la cour au milieu des groupes de soldats allemand entre dans le bâtiment central et place trois charges de plastic entre les fûts d’essence et les caisses de munitions.

L’explosion a lieu à minuit vingt que se produit la première explosion. Les balles, les grenades et les obus vont sauter pendant 12 heures.

Yves Le Magoarou est  mortellement bléssé en décembre 1944 près de Lorient, une plaque souvenir est posée dans la cour de l’ancienne caserne. » Récit de Pierre THOAMAS