Guingampais et briochins à Ypres (1915)L’attaque

Guingampais et briochins à Ypres (1915)L’attaque

Laissons parler les rédacteurs des 73e RIT et 74e RIT (extraits des journaux de marche et opérations, JMO).

Au 73e RIT « la journée avait été calme, trop calme même. Depuis le front anglais (canadiens) près de Langemarck, la ligne française se composait de deux compagnies de tirailleurs du bataillon d’Afrique, le 74e territorial et le 73e territorial à Steenstraal. Lorsque vers 17h50, de la ferme Shalpe, poste de commandement du colonel de Plas, une épaisse fumée jaune-vert clair s’élevant subitement au dessus de nos tranchées est perçue sur toute la ligne Steenstraat, Het-Sas et le bois triangulaire. Cette fumée s’élève à la hauteur des plus grands arbres et poussée par le vent du nord favorable ces vapeurs lourdes et toxiques ont un instant envahi nos tranchées. Les chefs de bataillon Hattu et Lamour, qui se trouvent en première ligne informent que leur ligne est fortement attaquée et que les allemande se servent de gaz asphyxiants ; ils se disent asphyxiés dans leurs postes mais recommandent de résister jusqu’à la dernière limite. Cependant, les allemands brusquent leur mouvement et moins de 45 minutes après le début de l’attaque, le 2e bataillon en ligne à Steenskaate est tourné, cerné et en partie fait prisonnier ou asphyxié. Un adjudant et 35 hommes de la 7e compagnie (Cie Bonnoud) peuvent cependant s’échapper en passant dans les lignes belges… »

74e RIT, 16h49. « A la suite d’une matinée calme, l’ennemi fait une attaque brusquée sur tout le front du secteur. Cette attaque est préparée par la projection sur nos tranchées de vapeurs lourdes asphyxiantes, qui envahissent nos ouvrages ; elles s’échappent des tranchées ennemies en tourbillons et semblent provenir d’une série de foyers répartis sur toute la ligne allemande. Bientôt un nuage, épais et opaque, continu, jaune à la base, puis vert au dessus et enfin blanc, s’étend depuis Steenstraat jusqu’à Langensmarck et au delà vers les lignes anglaises. Le vent du nord pousse régulièrement ce nuage qui roule lourdement sur nos positions, envahissant nos tranchées de première ligne où les hommes tombent sans pouvoir faire usage de leurs armes. Le commandant
Billot (voir en fin d’article) est blessé mortellement auprès de son PC alors qu’il essaye de rallier ses troupes ; la résistance devient impossible ; les zouaves et le bataillon d’Afrique commencent le mouvement de repli. Les soutiens atteints à leur tour par les vapeurs suffocantes sont contraints d’évacuer vers les tranchées du canal, à droite et gauche du pont de chemin de fer de Boesinghe. L’ennemi pourvu de masques respiratoires, avance rapidement en deux colonnes, à l’est et à l’ouest par le bois triangulaire et Langenmarck, enveloppant notre centre. La tête de pont de Boesinghe étant envahie par les gaz, la 4&e section de la 11e compagnie du 74e régiment territorial d’infanterie sous le commandement de l’adjudant Morin, résiste jusqu’à la dernière extrémité et disparait en entier, la position ne peut plus être défendue… »

Le lieutenant-colonel de Tonquédec qui a remplacé le colonel de Plas, écrira : « Le 73e régiment territorial d’infanterie a perdu en tués, blessés ou disparus 14 officiers, 70 sous-officiers, 842 caporaux et soldats. Le 2e bataillon, le plus atteint, avait presque disparu en entier. Le colonel de Plas, blessé à la jambe, est évacué malgré le danger par quatre brancardiers conduits par le docteur Nogué. Le capitaine Stricker prend provisoirement le commandement du régiment…
Les contre-attaques aussitôt commencent. Il faut rejeter l’ennemi au moins jusqu’au delà du canal. Des renforts arrivent, notamment les tirailleurs algériens. De leur côté, les Anglais attaquent pour nous dégager. Combats acharnés, terribles jusqu’au 26. Le canon tonne sans discontinuer et les régiments fondent dans les assauts répétés. Bientôt Lizerne n’est plus qu’un amas de ruines et Zuydschoote est fortement atteint. Entre la route et le canal, c’est un charnier épouvantable. En tout cas, les Allemands n’on pas passé. Il n’ont pas été au-delà du canal, ou du moins pas longtemps. »

Au 74e RIT l’on notera au JMO que 9 officiers et 61 sous-officiers ou soldats ont été tués. Mais le nombre de disparus est impressionnant : 12 officiers, 96 sous-officiers, 82 caporaux et 642 hommes de troupe.

A la fin de la bataille les hommes restants seront regroupés avec ceux du 79e RIT et envoyés en deuxième ligne à l’est d’Elverdinge. L’attaque allemande a échoué face aux français mais réussira à ouvrir une brèche de plus de 8 km dans le secteur canadien.

Un mémorial inauguré en 1929

Des familles et anciens Poilus ont décidé d’élever leur propre monument juste derrière la ligne de front. Un calvaire qui, depuis le XVIe siècle était installé sur la commune de Louargat, a ainsi été transféré sur le site belge. Le dolmen et les menhirs, quant à eux, ont été remis par un agriculteur d’Hénansal qui avait survécu à l’attaque au gaz. Regroupés au sein de ce mémorial, le 15 septembre 1929, les monuments ont été bénis par Mgr Serrand, ancien aumônier de la 87e division d’infanterie territoriale, qui a combattu sur ces terres flamandes et qui, après guerre, a été nommé évêque de Saint-Brieuc.